Interview de Cédric Garcia : Associé et responsable IPO chez EY

Cédric Garcia

Associé et responsable IPO chez EY

Introductions en Bourse : le marché des IPO redémarre-t-il vraiment ?

Publié le 26 Octobre 2026

Le marché mondial des introductions en Bourse affiche des signes de reprise, mais cette dynamique demeure contrastée. Au troisième trimestre 2026, 367 IPO ont été réalisées dans le monde, soit un léger recul de 2 % sur un an, tandis que les capitaux levés ont bondi de 79 %, à 93,3 milliards de dollars. Comment expliquez-vous ce décalage entre le nombre d'opérations et les montants collectés ? Quel bilan dressez-vous des neuf premiers mois de 2026 et cette reprise traduit-elle un redémarrage durable du marché ou reste-t-elle portée par quelques opérations de grande envergure ?
 « Nous assistons donc bien à un redémarrage de l'activité, mais celui-ci demeure sélectif, géographiquement contrasté et encore largement soutenu par quelques opérations majeures. »

Le premier constat est celui d'une concentration croissante des capitaux levés sur un nombre relativement limité d'opérations de grande envergure. Certaines transactions atteignent désormais des dimensions considérables et suffisent à faire progresser très sensiblement les montants collectés, sans que cette évolution se traduise nécessairement par une augmentation du nombre d'introductions en Bourse.

Cette tendance est particulièrement marquée aux États-Unis et en Asie. Elle apparaît encore plus nettement sur les neuf premiers mois de 2026, au cours desquels la progression des capitaux levés a été particulièrement significative, de 153 %.

Il convient toutefois de replacer cette reprise dans son contexte. Le marché des IPO sort de plusieurs années difficiles, caractérisées par des conditions de financement moins favorables et le report de nombreux projets. Une partie des opérations réalisées aujourd'hui correspond ainsi à des introductions initialement envisagées lors des exercices précédents.

Un autre signal encourageant concerne les performances boursières des entreprises récemment introduites. Plusieurs opérations proposées à des valorisations plus raisonnables ont rencontré un accueil favorable, avec des cours qui se sont relativement bien maintenus après les premières séances de cotation. Le cas le plus emblématique est celui de SpaceX. Ces résultats contribuent à restaurer progressivement la confiance des investisseurs.

La reprise s'appuie également sur des besoins structurels de financement considérables, notamment dans les infrastructures technologiques et les activités liées à l'intelligence artificielle. Le développement de ces entreprises nécessite des investissements importants, qui renforcent leur intérêt pour les marchés financiers.

Nous assistons donc bien à un redémarrage de l'activité, mais celui-ci demeure sélectif, géographiquement contrasté et encore largement soutenu par quelques opérations majeures.

Les 10 plus grosses introductions en Bourse de 2026

Fonds levés à la date de l'IPO, en millions de dollars. Source : EY

RangSociétéMontant levé (M$)Place de cotationAccessible sur easybourse.com
1SpaceX
États-Unis · Industrie de pointe
86 250,0États-Unis (Nasdaq)Oui ›
2SK Hynix
Corée du Sud · Technologie
26 507,1États-Unis (Nasdaq)Oui ›
3CXMT
Chine continentale · Technologie
9 838,1Shanghai (STAR)Non
4Zhongji Innolight
Chine continentale · Technologie
7 832,9Hong KongNon
5Cerebras Systems
États-Unis · Technologie
6 382,5États-Unis (Nasdaq)Oui ›
6CSG
République tchèque · Industrie de pointe
4 470,3Euronext AmsterdamOui ›
7China Resources New Energy
Hong Kong · Énergie et services publics
3 623,4Shenzhen (SZSE)Non
8Luxshare Precision Industry
Chine continentale · Technologie
3 195,4Hong KongNon
9Victory Giant Technology
Chine continentale · Technologie
2 954,8Hong KongNon
10INNIO
Autriche · Industrie de pointe
2 794,5États-Unis (Nasdaq)Oui ›

5 des 10 plus grosses introductions en Bourse sont accessibles sur EasyBourse : celles cotées aux États-Unis et sur Euronext. Les places de Hong Kong, Shanghai et Shenzhen ne sont pas proposées.

Cette reprise présente d'importantes disparités géographiques. Au troisième trimestre 2026, les capitaux levés ont progressé de 112 % en Asie-Pacifique et de 97 % dans la zone EMEIA, tandis que les États-Unis ont enregistré une contraction de 63 % du nombre d'introductions en Bourse. Comment expliquer ces évolutions contrastées ? Quels marchés bénéficient aujourd'hui de la dynamique la plus solide et assiste-t-on à une redistribution de l'attractivité entre les grandes places financières mondiales ?
 « Il serait donc excessif de parler d'un déplacement radical du centre de gravité financier mondial. »

Les États-Unis continuent d'occuper une place prépondérante sur le marché mondial des introductions en Bourse, avec une activité fortement concentrée sur les grandes opérations, notamment dans les technologies et l'intelligence artificielle.

Le marché américain bénéficie d'un environnement boursier particulièrement porteur. Les entreprises cotées publient, dans leur ensemble, des résultats solides, souvent supérieurs aux anticipations des analystes. Cette bonne tenue des performances opérationnelles soutient les marchés actions et entretient l'appétit des investisseurs pour les nouvelles sociétés candidates à la cotation, particulièrement lorsqu'elles présentent des perspectives de croissance attractives et un positionnement technologique différenciant.

En Chine, nous observons également un retour significatif des entreprises technologiques sur le marché des IPO, avec une forte progression des montants levés dans ce secteur par rapport aux années précédentes. Sur les neuf premiers mois de l'année, les montants levés ont été quatre fois supérieurs à ceux des trois années précédentes.

Une autre tendance importante concerne le développement des doubles cotations. Plusieurs entreprises chinoises déjà présentes sur les marchés continentaux, notamment à Shanghai ou Shenzhen, choisissent désormais de se faire également coter à Hong Kong. Ces opérations représentent des volumes financiers considérables, de l'ordre d'une trentaine de milliards de dollars, et soutiennent fortement l'activité de cette place financière (68 % des montants levés).

Ce mouvement s'explique notamment par le durcissement des conditions d'accès aux marchés américains pour les entreprises chinoises. Les tensions commerciales et géopolitiques, ainsi que l'évolution des contraintes réglementaires, conduisent ces sociétés à privilégier davantage leurs marchés domestiques et régionaux, qui disposent désormais d'une profondeur suffisante pour accueillir des transactions importantes.

La zone EMEIA, qui comptabilise le nombre le plus important d'IPO sur les neuf premiers mois, présente quant à elle des situations contrastées. Au Moyen-Orient, le marché est plutôt atone.

En Inde, la dynamique est particulièrement soutenue, même si une proportion importante concerne des entreprises de taille relativement modeste.

En Europe, le redémarrage est plus progressif, malgré plusieurs opérations significatives réalisées notamment au Luxembourg, en Espagne ou en Allemagne.

Il serait donc excessif de parler d'un déplacement radical du centre de gravité financier mondial. Les États-Unis conservent une position dominante, tandis que la Chine et Hong Kong retrouvent une dynamique soutenue. L'Europe amorce également une reprise, dont l'ampleur et la pérennité restent toutefois à confirmer.

L'Europe a enregistré 45 introductions en Bourse au troisième trimestre 2026, soit une progression de 87 % en nombre, mais les capitaux levés ont reculé de 21 %, à 2,9 milliards de dollars. Comment interprétez-vous cette divergence ? Le marché européen souffre-t-il encore d'un déficit de grandes opérations et quels obstacles empêchent les entreprises de taille significative de franchir le pas de la cotation ?
 « Le marché européen demeure effectivement pénalisé par un déficit d'introductions de grande envergure. »

Le marché européen demeure effectivement pénalisé par un déficit d'introductions de grande envergure. Si le nombre d'opérations repart à la hausse, cette amélioration repose encore principalement sur des transactions de taille relativement limitée, ce qui explique le décalage entre la progression du nombre d'IPO et l'évolution des capitaux levés.

Certaines opérations importantes auraient pourtant pu modifier sensiblement cette situation. Je pense notamment au projet d'introduction en Bourse de KNDS, le groupe franco-allemand spécialisé dans la défense. Cette transaction aurait pu constituer un événement majeur et démontrer la capacité des places européennes à mobiliser des capitaux conséquents pour accompagner le développement de grandes entreprises industrielles stratégiques.

L'opération a toutefois été reportée, sans que les raisons précises de cette décision aient été officiellement communiquées.

Il faut également tenir compte de l'évolution des valorisations dans le secteur de la défense. Après les fortes progressions enregistrées par plusieurs entreprises cotées, certains titres ont connu des ajustements boursiers significatifs. Ces mouvements peuvent influencer les réflexions des candidats à la cotation, le niveau de valorisation acceptable pour les investisseurs constituant un paramètre déterminant dans la décision de lancer ou de différer une opération.

Au-delà de ces considérations conjoncturelles, l'Europe souffre de handicaps structurels. La fragmentation de ses marchés de capitaux entre différentes places financières et la coexistence de cadres réglementaires nationaux limitent leur profondeur et leur capacité à rivaliser avec le marché américain.

Les initiatives européennes visant à renforcer l'intégration des marchés financiers, harmoniser les règles et simplifier l'accès à la cotation vont donc dans la bonne direction. L'objectif est de construire un véritable marché européen des capitaux, suffisamment profond et attractif pour financer les grandes entreprises du continent, via un régulateur unique, l'ESMA.

Mais les réformes réglementaires ne suffiront pas. Plusieurs introductions de grande taille devront également démontrer concrètement la capacité des marchés européens à répondre aux besoins de financement des entreprises les plus importantes.

Le succès de telles opérations pourrait alors produire un effet d'entraînement, en renforçant simultanément la confiance des investisseurs et celle des entreprises qui envisagent de se faire coter.

Qu'en est-il plus particulièrement de la place de Paris ? Comment jugez-vous son attractivité en 2026 face aux autres grandes places européennes, notamment Londres, Francfort et Amsterdam ? Le marché français dispose-t-il d'un vivier suffisamment important d'entreprises susceptibles de s'introduire en Bourse et quelles évolutions seraient nécessaires pour encourager davantage de PME et d'ETI à faire appel aux marchés financiers ?
 « Paris doit encore retrouver cette capacité à attirer des transactions de grande envergure. »

La place de Paris commence à retrouver une certaine activité sur le marché des introductions en Bourse, même si cette reprise concerne encore essentiellement des entreprises de petite taille.

Plusieurs opérations ont été réalisées au premier semestre 2026 et de nouveaux projets ont émergé au cours des mois suivants. Ce retour progressif témoigne d'un regain d'intérêt pour le financement par les marchés financiers.

Certaines opérations pourraient contribuer à cette dynamique. Je pense notamment à N4 Group, spécialisé dans les compléments alimentaires et les équipements sportifs, dont l'introduction a été réalisée en octobre. Ce type de transaction montre que la cotation redevient une option pour des sociétés issues de secteurs diversifiés, au-delà des grandes entreprises technologiques ou industrielles.

Même lorsqu'elles portent sur des montants relativement modestes, ces introductions peuvent jouer un rôle important. Lorsqu'une opération rencontre une demande satisfaisante, se déroule dans de bonnes conditions et s'accompagne d'un comportement boursier favorable, elle contribue à rassurer les autres entreprises candidates. Autrement dit, une success story peut en entraîner d'autres.

À l'échelle européenne, certaines places, notamment Amsterdam et Francfort, ont bénéficié d'opérations significatives les faisant figurer en haut du classement des IPO de cette année. Paris doit encore retrouver cette capacité à attirer des transactions de grande envergure.

La situation politique française constitue néanmoins un facteur d'incertitude. Les prochaines échéances électorales et les interrogations qu'elles suscitent peuvent inciter certaines entreprises à différer leur projet au second semestre 2027 dans l'attente d'un environnement plus lisible.

Cela ne signifie pas que le marché français manque de candidats potentiels. Au contraire, plusieurs entreprises poursuivent activement leur préparation.

Les programmes d'accompagnement proposés par Euronext participent à cette dynamique, en permettant aux sociétés de mieux appréhender les exigences de la cotation et de préparer progressivement leur accès aux marchés financiers.

Le secteur de la défense apparaît particulièrement prometteur. Plusieurs entreprises disposent de besoins de financement importants pour accompagner leur croissance. D'autres acteurs industriels et technologiques présentent également un potentiel intéressant.

L'enjeu est désormais de transformer ce vivier en opérations concrètes. Cela suppose des conditions de marché suffisamment favorables, mais aussi des valorisations cohérentes avec les attentes des investisseurs.

Une accélération de l'activité paraît envisageable au cours des prochains trimestres, même si son calendrier restera étroitement lié à l'évolution de la conjoncture économique, de l'environnement politique et des marchés boursiers.

 

BON À SAVOIR

Les introductions en Bourse sur le marché français couvertes par EasyBourse depuis le début de l'année

›  Rising Stone · Jean-Thomas Olano

›  IEVA · Jean-Michel Karam

›  Le Slip Français · Guillaume Gibault

›  D.A.T.E. · Philippe Bottu

›  N4 Group · Stéphane Viscuso

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Le secteur technologique domine les introductions en Bourse au troisième trimestre 2026, avec 56 opérations représentant 62,8 milliards de dollars levés, soit une progression de 471 % en valeur sur un an. Dans quelle mesure cette dynamique est-elle alimentée par l'essor de l'intelligence artificielle ? Les valorisations exigées par certaines entreprises technologiques restent-elles compatibles avec leurs perspectives de croissance et de rentabilité, ou observez-vous les premiers signes d'une surchauffe du marché ?
 « Le risque de survalorisation existe, mais il doit être analysé de manière différenciée selon les entreprises. »

L'intelligence artificielle constitue incontestablement l'un des principaux moteurs de l'activité actuelle sur le marché des introductions en Bourse.

Son influence dépasse largement les entreprises développant directement des modèles ou des applications d'IA. Elle concerne tout l'écosystème technologique nécessaire à leur fonctionnement, notamment les infrastructures informatiques, les capacités de calcul et les équipements associés.

Les besoins d'investissement dans ces domaines sont considérables. Les entreprises doivent mobiliser des ressources financières importantes pour développer leurs technologies, renforcer leurs capacités et accompagner la croissance de la demande. Le recours aux marchés financiers apparaît donc particulièrement adapté pour certaines d'entre elles, ce qui contribue à expliquer le poids du secteur technologique dans les capitaux levés.

La question des valorisations mérite naturellement une attention particulière. Il est légitime de s'interroger sur une éventuelle surchauffe, compte tenu de l'engouement suscité par l'intelligence artificielle. Il reste toutefois extrêmement difficile d'identifier précisément le moment où les valorisations deviennent excessives.

Il faut également éviter les comparaisons trop rapides avec la bulle Internet du début des années 2000. À cette époque, de nombreuses entreprises arrivaient sur les marchés avec des modèles économiques encore peu éprouvés, des revenus limités et des perspectives de rentabilité très incertaines. Beaucoup d'entre elles ont fini par connaître des faillites.

La situation actuelle présente des caractéristiques différentes. Plusieurs entreprises liées à l'intelligence artificielle disposent déjà d'activités significatives, de revenus importants et de débouchés commerciaux plus tangibles.

Cela ne signifie évidemment pas que toutes les valorisations sont justifiées ni que le secteur serait à l'abri de corrections boursières.

Chaque entreprise doit être appréciée au regard de ses fondamentaux : la solidité de son modèle économique, son potentiel de croissance, ses besoins de financement et, surtout, sa capacité à transformer ses investissements en revenus puis en résultats.

À ce stade, il me paraît donc prématuré de considérer que nous nous trouvons dans une situation directement comparable à celle de la bulle Internet. Le risque de survalorisation existe, mais il doit être analysé de manière différenciée selon les entreprises.

Au-delà des grandes entreprises technologiques, quels secteurs vous semblent aujourd'hui les mieux positionnés pour bénéficier d'une reprise des introductions en Bourse ? Observez-vous notamment un regain d'intérêt pour les entreprises industrielles, les acteurs de la santé, de l'énergie ou encore de la défense ? Quels critères financiers et stratégiques distinguent actuellement les entreprises qui réussissent leur introduction de celles qui doivent reporter leur projet ?
 « Si je devais identifier les secteurs offrant les perspectives les plus favorables, je citerais principalement la technologie, la santé et la défense. »

Plusieurs secteurs présentent aujourd'hui des perspectives intéressantes, au-delà des grandes entreprises technologiques.

La santé constitue notamment un domaine dans lequel nous observons un regain d'activité, particulièrement aux États-Unis. Le retour des entreprises de biotechnologie sur le marché des IPO est à cet égard significatif. Après avoir été largement absentes des introductions en Bourse depuis 2021, certaines reviennent avec des projets plus matures.

Ces sociétés ont généralement besoin de capitaux importants pour poursuivre leurs programmes de recherche, financer leurs développements cliniques et accompagner la mise sur le marché de leurs produits.

La défense représente également un secteur particulièrement porteur. Les tensions géopolitiques et le renforcement des investissements dans les capacités industrielles et militaires créent des perspectives de développement importantes.

En Europe, notamment en France, plusieurs acteurs pourraient solliciter les marchés financiers pour financer l'augmentation de leurs capacités de production ou accompagner leur croissance.

Nous constatons par ailleurs un regain d'intérêt de certaines entreprises industrielles pour la cotation, par exemple la société D.A.T.E. en France. Des sociétés qui privilégiaient auparavant d'autres sources de financement réexaminent cette possibilité pour développer de nouvelles activités, étendre leurs capacités industrielles ou réaliser des projets de croissance.

Le secteur de l'énergie mérite également d'être suivi, même si sa dynamique apparaît plus contrastée. Après plusieurs vagues d'introductions, l'activité semble actuellement moins soutenue en France et en Europe. De nouvelles opportunités pourraient toutefois émerger selon l'évolution des besoins de financement et des conditions de marché.

Si je devais identifier les secteurs offrant les perspectives les plus favorables, je citerais principalement la technologie, la santé et la défense.

L'appartenance à un secteur porteur ne garantit cependant pas le succès d'une introduction. La maturité de l'entreprise, la crédibilité de son projet, la visibilité de ses perspectives financières et sa capacité à démontrer l'utilité des capitaux recherchés restent déterminantes.

Pour un investisseur particulier, une introduction en Bourse peut constituer une opportunité de participer au développement d'une entreprise, mais elle comporte également des risques spécifiques. Quels sont les principaux éléments à examiner avant de souscrire à une IPO ? Comment apprécier la pertinence du prix d'introduction, la solidité du modèle économique, les perspectives de rentabilité et l'utilisation des capitaux levés ? Quels signaux doivent, au contraire, inciter à la prudence ?
 « Une entreprise peut présenter un potentiel de développement important sans pour autant constituer une opportunité d'investissement attractive si son prix d'entrée apparaît excessif. »

L'analyse d'une introduction en Bourse est nécessairement complexe, car les critères pertinents varient sensiblement selon le secteur d'activité et le modèle économique de l'entreprise concernée.

Il existe néanmoins un principe essentiel : examiner les sociétés comparables déjà cotées sur les marchés financiers.

Cette démarche permet de disposer de références concrètes pour apprécier la valorisation proposée, en comparant notamment les perspectives de croissance, les niveaux de rentabilité, les besoins de financement et les performances opérationnelles d'entreprises appartenant à un même secteur.

Elle permet également de mieux comprendre la manière dont les investisseurs valorisent certains modèles économiques. Dans le domaine de l'intelligence artificielle, par exemple, le nombre croissant d'entreprises cotées, notamment dans les infrastructures technologiques, offre désormais davantage de points de comparaison.

Il faut toutefois tenir compte des spécificités de chaque société. Les attentes en matière de rentabilité ne sont évidemment pas identiques pour une entreprise industrielle, une société de biotechnologie ou un acteur technologique en forte croissance.

Le prix d'introduction constitue un deuxième élément fondamental.

Sur ce point, il est intéressant de relever que nous observons cette année une évolution sensible des pratiques de marché. Les banques chargées d'accompagner les introductions cherchent davantage à proposer des prix raisonnables, laissant au titre une possibilité d'appréciation après son arrivée en Bourse. Les entrepreneurs semblent également avoir intégré cette nécessité.

Auparavant, certaines opérations étaient réalisées à des valorisations particulièrement ambitieuses, intégrant déjà une grande partie des perspectives de croissance de l'entreprise et réduisant ainsi le potentiel de progression du titre.

La logique actuelle paraît davantage orientée vers la recherche d'un équilibre entre les intérêts des actionnaires historiques et ceux des nouveaux investisseurs. L'objectif est de construire une opération susceptible de rencontrer une demande satisfaisante tout en permettant à l'entreprise d'engager son parcours boursier dans de bonnes conditions.

Pour un investisseur particulier, il est donc essentiel de ne pas se limiter aux perspectives de croissance présentées par l'entreprise. Il faut déterminer si elles sont crédibles, si elles justifient la valorisation proposée et dans quelle mesure elles sont déjà intégrées dans le prix d'introduction.

Une entreprise peut présenter un potentiel de développement important sans pour autant constituer une opportunité d'investissement attractive si son prix d'entrée apparaît excessif.

Certaines entreprises connaissent une forte appréciation de leur cours dès leur introduction, avant de subir parfois d'importantes corrections, tandis que d'autres peinent à convaincre les investisseurs dès leurs premières séances de cotation. Quels enseignements tirez-vous des performances boursières des entreprises récemment introduites ? Existe-t-il des facteurs permettant d'identifier les opérations les plus susceptibles de créer de la valeur à moyen et long terme ? Pour un particulier, quels éléments peuvent justifier de participer à l'offre initiale plutôt que d'attendre les premières semaines de cotation ?
 « L'un des principaux enseignements des introductions récentes concerne l'importance de la crédibilité des engagements pris par les entreprises au moment de leur arrivée en Bourse. »

Je pense vraiment que l'un des principaux enseignements des introductions récentes concerne l'importance de la crédibilité des engagements pris par les entreprises au moment de leur arrivée en Bourse.

Nous observons une tendance à proposer des valorisations plus raisonnables, accompagnées d'objectifs opérationnels et financiers davantage réalistes. Cette évolution a contribué à améliorer le comportement boursier de plusieurs sociétés après leur introduction.

Lorsqu'une entreprise prépare son arrivée sur les marchés, elle publie un prospectus présentant notamment ses performances historiques, sa situation financière, son modèle économique et différents éléments relatifs à ses perspectives.

Selon les secteurs, les objectifs communiqués peuvent porter sur le chiffre d'affaires, l'EBITDA, les marges ou certaines étapes opérationnelles.

Dans la santé, par exemple, il peut s'agir de l'avancement des programmes de recherche, de la réalisation d'essais cliniques ou du développement de nouveaux produits.

Pour l'investisseur, l'enjeu consiste à apprécier la crédibilité de ces objectifs et la capacité réelle de l'entreprise à les atteindre.

Lorsqu'une société respecte les échéances annoncées et délivre les performances attendues, elle renforce sa crédibilité auprès du marché. À l'inverse, des résultats inférieurs aux prévisions ou des retards significatifs dans l'exécution du plan de développement peuvent entraîner une perte de confiance et peser sur le cours de Bourse.

L'analyse doit également porter sur les éléments permettant d'apprécier la visibilité de l'activité future.

Dans l'industrie, le carnet de commandes constitue souvent un indicateur particulièrement pertinent. Les cycles de production peuvent être longs et une partie du chiffre d'affaires des exercices suivants peut déjà être sécurisée par des contrats. Son examen permet ainsi de déterminer dans quelle mesure les objectifs de croissance reposent sur des éléments tangibles.

Il convient ensuite d'apprécier si ces perspectives sont déjà intégrées dans la valorisation proposée.

Nous observons également une évolution du comportement des entrepreneurs et des banques accompagnatrices. Pendant longtemps, certains actionnaires historiques cherchaient avant tout à maximiser la valorisation obtenue lors de l'introduction, notamment dans une logique patrimoniale. Plus le prix initial était élevé, plus la valeur de leur participation et, le cas échéant, le produit de la cession d'une partie de leurs titres étaient importants.

Mais cette recherche du prix le plus élevé pouvait se faire au détriment des performances boursières ultérieures. Certaines opérations, réalisées à des valorisations trop ambitieuses ou sur la base d'objectifs difficiles à atteindre, ont ainsi donné lieu à des corrections importantes.

Aujourd'hui, les acteurs du marché semblent davantage privilégier une approche de moyen et long terme. L'introduction n'est plus seulement envisagée comme une opération permettant de valoriser immédiatement une entreprise ou de procurer de la liquidité à ses actionnaires historiques. Elle constitue aussi le point de départ d'une nouvelle relation avec les marchés financiers.

Pour un investisseur particulier, il n'existe donc pas de règle universelle permettant d'affirmer qu'il est systématiquement préférable de souscrire dès l'introduction ou d'attendre les premières semaines de cotation.

L'essentiel consiste à déterminer si le prix d'entrée offre un équilibre satisfaisant entre les perspectives de création de valeur, la capacité de l'entreprise à tenir ses engagements et les risques associés à l'investissement.

Malgré l'amélioration des montants levés à l'échelle mondiale, les incertitudes économiques, les tensions géopolitiques et l'évolution des politiques monétaires continuent d'influencer les décisions des entreprises candidates à la cotation. Quels facteurs pourraient accélérer ou, au contraire, interrompre la reprise des IPO ? Les conditions actuelles permettent-elles d'envisager le retour de grandes introductions en Bourse en Europe et particulièrement en France dans les prochains mois ?
 « Les incertitudes économiques et géopolitiques demeurent des facteurs de risque importants pour le marché des introductions en Bourse. »

Les incertitudes économiques et géopolitiques demeurent des facteurs de risque importants pour le marché des introductions en Bourse.

Les tensions internationales peuvent provoquer des fluctuations des prix de l'énergie, alimenter les pressions inflationnistes et modifier les anticipations relatives aux taux d'intérêt.

La guerre en Ukraine, puis les tensions au Moyen-Orient, ont ainsi contribué à entretenir un environnement plus incertain pour les entreprises et les investisseurs. Cette situation peut conduire certaines sociétés à reporter leur projet, notamment lorsqu'elles redoutent une dégradation des conditions de financement ou une volatilité accrue des marchés actions.

Il faut néanmoins éviter d'établir une relation trop mécanique entre ces facteurs macroéconomiques et l'activité des IPO. Nous avons notamment constaté que certaines évolutions des taux d'intérêt n'avaient pas nécessairement entraîné de ralentissement immédiat des marchés boursiers.

D'autres éléments peuvent contrebalancer ces incertitudes, en particulier la solidité des résultats des entreprises, leurs perspectives de croissance ou l'intérêt des investisseurs pour certains secteurs.

Un autre sujet mérite une attention particulière : la sécurité des technologies, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Le développement de systèmes d'IA de plus en plus autonomes soulève de nouvelles interrogations concernant la cybersécurité, la maîtrise des technologies et les risques associés à leur utilisation. Des incidents majeurs pourraient modifier la perception des investisseurs et influencer les conditions d'accès aux marchés financiers pour certaines entreprises technologiques.

Les réactions des pouvoirs publics et les éventuelles évolutions réglementaires pourraient également jouer un rôle dans cette dynamique.

S'agissant de l'Europe, l'un des enjeux fondamentaux reste sa capacité à mobiliser davantage de capitaux pour financer les entreprises du continent.

Aujourd'hui, une partie importante de l'épargne et des investissements institutionnels européens est orientée vers les marchés américains. Les décisions d'allocation des fonds d'investissement et des investisseurs institutionnels déterminent pourtant en grande partie la profondeur des marchés financiers.

Il est donc indispensable de renforcer l'attractivité et la capacité de financement des marchés européens pour permettre aux grandes entreprises du continent de s'y introduire dans de bonnes conditions.

Cet enjeu prend une dimension particulière dans les secteurs liés à la souveraineté européenne, notamment la défense, l'intelligence artificielle et certaines activités stratégiques dans la santé.

L'Europe dispose d'entreprises technologiques de premier plan, à l'image de Mistral AI. La question de leur financement à long terme et de leur éventuel recours aux marchés boursiers se posera nécessairement à mesure qu'elles poursuivront leur développement. L'objectif doit être de leur offrir des capacités de financement suffisantes pour soutenir leurs ambitions tout en préservant leur ancrage européen.

Une autre catégorie d'opérations pourrait contribuer à la reprise : les séparations d'activités au sein de grands groupes, communément appelées spin-offs.

Ces opérations consistent à rendre autonome une activité, avec la possibilité de l'introduire ensuite sur les marchés financiers. Plusieurs grands groupes français et européens réfléchissent à ce type de réorganisation, qui peut permettre de mieux valoriser certaines activités et de leur donner accès à des sources de financement spécifiques.

Il faut toutefois distinguer les projets officiellement annoncés des hypothèses évoquées dans la presse. Une grande partie des opérations en préparation demeure confidentielle jusqu'à leur annonce publique. Il serait donc prématuré de considérer comme acquises certaines introductions dont le calendrier et les modalités n'ont pas été confirmés.

Ces opérations de séparation pourraient néanmoins constituer un moteur important des prochaines vagues d'IPO, aux côtés des introductions plus traditionnelles.

Enfin, quelles sont vos perspectives pour le marché mondial et européen des introductions en Bourse en 2027 ? Observez-vous une reconstitution significative du vivier d'entreprises préparant leur arrivée sur les marchés, notamment en France ? Et quel message adresseriez-vous aux investisseurs particuliers qui souhaitent se positionner sur ces nouvelles opérations ?
 « L'introduction en Bourse redevient une alternative crédible aux cessions industrielles ou financières. »

Nous avons le sentiment que la dynamique actuelle pourrait se prolonger jusqu'à la fin de l'année 2026 et se poursuivre en 2027. Le vivier d'entreprises susceptibles de s'introduire en Bourse semble progressivement se reconstituer, avec plusieurs sociétés qui poursuivent activement leur préparation.

Aux États-Unis, le marché devrait continuer de bénéficier des perspectives de croissance de nombreux secteurs, en particulier dans les technologies. Il faudra néanmoins rester attentif aux conséquences éventuelles des élections de mi-mandat américaines, qui pourraient modifier les anticipations des investisseurs et les conditions de marché.

En Chine et en Inde, la reprise des introductions en Bourse, notamment dans les activités technologiques, devrait également soutenir l'activité.

En Europe, les perspectives apparaissent encourageantes, même si le redémarrage reste plus progressif. Le continent dispose d'un potentiel important, soutenu notamment par la volonté des pouvoirs publics de renforcer le financement des entreprises par les marchés de capitaux.

La France bénéficie elle aussi d'un vivier de candidats, même si les incertitudes politiques liées aux prochaines échéances électorales pourraient conduire certaines sociétés à différer leur projet.

Au-delà de ces considérations conjoncturelles, nous observons une tendance structurelle particulièrement intéressante : le retour des introductions en Bourse comme solution de liquidité pour les fonds de private equity.

Pendant plusieurs années, de nombreuses entreprises ont privilégié le financement par des fonds d'investissement plutôt que le recours aux marchés boursiers. Ces fonds ont accompagné leur croissance, parfois sur des périodes relativement longues, mais doivent désormais envisager les modalités de sortie de leurs participations.

Traditionnellement, plusieurs possibilités s'offrent à eux : céder leur participation à un autre fonds, vendre l'entreprise à un acteur industriel ou procéder à une introduction en Bourse.

Or, les conditions actuelles du marché des fusions-acquisitions rendent certaines cessions plus difficiles. De nombreux fonds détiennent des participations depuis plusieurs années et doivent progressivement restituer des capitaux à leurs propres investisseurs, alors même que les possibilités de cession ne permettent pas toujours de répondre à l'ensemble des besoins de liquidité.

L'introduction en Bourse retrouve ainsi une place croissante parmi les solutions envisagées.

Elle présente notamment l'avantage de permettre à un fonds de céder une partie de sa participation tout en conservant, s'il le souhaite, une exposition au développement futur de l'entreprise. Cette flexibilité autorise une sortie progressive plutôt qu'une cession nécessairement immédiate et intégrale.

L'entreprise peut parallèlement bénéficier d'un accès aux marchés financiers pour soutenir ses investissements et ses projets de croissance.

Nous avons déjà observé plusieurs exemples de sociétés accompagnées par des fonds d'investissement, comme Exosens, qui ont réalisé un parcours boursier satisfaisant après leur introduction. Dans certains cas, la valorisation des participations conservées par les actionnaires historiques a même progressé de manière significative.

Ces expériences contribuent à faire évoluer la perception des IPO au sein de l'industrie du capital-investissement.

À titre d'illustration, sur les dix plus importantes opérations européennes évoquées pour 2026, trois concerneraient des entreprises détenues par des fonds d'investissement. Cette proportion témoigne du retour de cette catégorie d'actionnaires sur le marché des introductions, alors que cette dynamique était beaucoup moins visible au cours des années précédentes.

Nous pourrions donc assister à une amplification de ce phénomène, compte tenu du nombre important de fonds qui doivent aujourd'hui organiser la sortie de leurs investissements.

L'introduction en Bourse redevient une alternative crédible aux cessions industrielles ou financières. Elle pourrait ainsi contribuer à alimenter durablement le vivier des futures opérations, en Europe comme sur les autres grandes places financières.

Plus fondamentalement, cette évolution traduit un changement de perception du financement par les marchés. Après avoir été relativement délaissée au profit d'autres solutions, la cotation retrouve progressivement sa place dans les réflexions stratégiques des entreprises et de leurs actionnaires.

Pour les investisseurs particuliers, cette reprise peut naturellement créer de nouvelles opportunités. Elle ne doit toutefois pas faire oublier l'importance d'une analyse rigoureuse et sélective.

La qualité du modèle économique, la crédibilité des perspectives, le niveau de valorisation et la capacité de l'entreprise à respecter ses engagements doivent demeurer au cœur de toute décision.

Une introduction réussie ne se résume ni au montant des capitaux levés ni à l'évolution du cours lors des premières séances. Elle doit avant tout permettre à l'entreprise de financer durablement son développement et de créer de la valeur pour ses actionnaires à moyen et long terme.

 

AVERTISSEMENT

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Les performances passées ne préjugent pas des performances à venir. Elles ne sont pas constantes dans le temps et ne constituent en rien une garantie de performances à venir.

Imen Hazgui