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Interview de Philippe Crevel : Secrétaire général du Cercle des Epargnants

Philippe Crevel

Secrétaire général du Cercle des Epargnants

Les PME sont moins soumises aux fluctuations de marché mais le risque de faillite est plus grand

Publié le 11 Septembre 2013

Le gouvernement a annoncé la création au 1er janvier 2014 d’un nouveau placement en actions, le PEA/PME. Que vous inspire-t-il ?

L’idée d’un nouveau produit d’épargne destiné au financement des PME est plutôt séduisante car elle répond à un réel besoin de financement de l’économie. Mais elle concerne un nombre relativement limité d’épargnants: on compte aujourd’hui environ cinq millions de détenteurs d’un PEA en France (contre plus de 60 millions de livrets A, ndlr). Sur ce nombre, seuls les détenteurs d’un PEA « au plafond » sont potentiellement intéressés par une enveloppe supplémentaire de 75 000 euros de placements. Je ne pense donc pas qu’il va y avoir un engouement massif pour le PEA/PME, étant donné que le plafond du PEA « classique » va être augmenté à 150 000 euros le 1er janvier 2014. J’ajoute que rien n’interdit à l’heure actuelle d’investir dans les PME dans le cadre d’un PEA.

Vous rappelez que le PEA reste un produit d’épargne encore méconnu. Pourquoi ?

Le PEA est un instrument fabuleux : il permet de réaliser des plus-values sans être soumis à l’impôt, à condition de n’effectuer aucun retrait pendant cinq ans. De ce point de vue c’est l’une des enveloppes fiscales les plus avantageuses (ndlr : seuls les prélèvements sociaux s’appliquent). Ces dernières années, les Français ont délaissé ce produit, et la bourse en général, car ils la jugent trop risquée. Mais compte tenu du potentiel de hausse du marché européen aujourd’hui, c’est un placement attractif à condition de respecter certaines règles de bon sens : diversifier ses titres (ne pas avoir une seule action ou un seul fonds dans un PEA), savoir prendre ses bénéfices ou ses pertes, autrement dit arbitrer, alors que les Français ont plutôt tendance à conserver un même titre 10, 15 ou 20 ans, avec parfois de sérieuses déconvenues à la clé. Je pense qu’il y a un manque de culture et d’information des épargnants sur ce genre de produit. Les banquiers, les assureurs, même les chambres de commerce devraient faire la promotion du PEA.

Revenons au PEA/PME. N’est-il pas présomptueux de penser que les Français vont investir leur argent dans des entreprises qu’ils ne connaissent pas ou très peu ?

Vous avez raison. Cela nécessite une réelle expertise et il sera donc préférable de passer par des fonds (OPCVM, FCP, Sicav). Parmi les sociétés cotées, environ 750 sociétés françaises et européennes seraient éligibles au PEA/PME. Les fonds spécialisés sur ces segments permettent de mutualiser les risques et offrent donc une garantie supplémentaire aux épargnants. S’agissant des PME non cotées, qui entrent elles aussi dans le champ du PEA/PME, seule une clientèle relativement aisée y a aujourd’hui accès au travers du private equity. Pour élargir le spectre et permettre un financement plus large des « petites PME », il faudra que ces fonds pratiquent des frais de gestion raisonnables.

Le PEA/PME est-t-il plus risqué que le PEA ?


Historiquement, les PME sont moins soumises aux fluctuations de marché que les grandes entreprises, mais le risque de faillite est plus important. D’où la nécessité de bien connaître les entreprises dans lesquelles on investit. En termes de rendement, la performance du private equity ces dernières années est supérieure à celle des fonds de sociétés cotées. Reste à connaître le pourcentage de PME – ETI (ndlr : entreprises de taille intermédiaire) qui composeront les fonds éligibles au PEA/PME. Le chiffre de 75% a été évoqué. Ce chiffre est important pour la liquidité des fonds. Le gouvernement a également évoqué la possibilité d’inclure des titres de dette (obligations) dans les portefeuilles. C’est une bonne chose car cela permettra à certaines PME d’avoir accès à des financements sans avoir à ouvrir leur capital.

Propos recueillis par François Schott