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Interview de Sylvie Petit : Directrice marketing de CNP Assurances

Sylvie Petit

Directrice marketing de CNP Assurances

L'assurance-vie est souvent qualifiée de couteau suisse des placements financiers

Publié le 20 Mars 2018

Placement plébiscité par les Français, l’assurance-vie a connu une actualité riche ces derniers mois entre nouvelle fiscalité et environnement économique délicat. Sylvie Petit, directrice marketing de CNP Assurances, fait le point.

Alors que la collecte brute a atteint 131,5 milliards d’euros, supérieure à la moyenne annuelle de ces dix dernières années, les rachats se sont élevés à 124,3 milliards d’euros ce qui constitue un nouveau record. Quels commentaires vous inspire le bilan du marché de l'assurance-vie au sein de l'Hexagone en 2017 ?

La collecte brute 2017 (autrement dit l’ensemble des versements effectués en 2017 sur les contrats d’assurance-vie, avant prise en compte des prestations payées suite à décès ou rachat), qui s’établit effectivement à 131.5 milliards d’euros, est en légère baisse par rapport à 2016 (-2%). Elle a pâti de la moindre attractivité des supports en euros, dont la revalorisation subit une lente érosion en lien avec l’environnement de taux bas et, dans une moindre mesure, du bruit médiatique autour de la loi Sapin 2, qui tend désormais à s’estomper.

Pour rappel, cette loi avait suscité de vives craintes chez une partie des investisseurs. L’article 21 bis de la Loi Sapin 2 a donné au HCSF (Haut Conseil de Stabilité Financière, qui est une instance de supervision financière créée en 2013 présidée par le Ministre des Finances) le pouvoir de limiter voire interdire pendant un délai maximum de six mois les versements, arbitrages et retraits sur le support en euro des contrats d’assurance-vie en cas de crise financière majeure. Cette mesure, très médiatisée, a alimenté de nombreux débats, mais son objectif, qui est de préserver la solidité financière des assureurs et de protéger les assurés, est de mieux en mieux compris.

En 2017, les prestations versées suite à décès ou rachat ont atteint 124.2 milliards d’euros, en hausse de 6% par rapport à 2016. Elles représentent 7,7% des encours d’assurance-vie, alors que le taux de prestations rapporté aux encours oscillait entre 7,0% et 7.4% les années précédentes. L’augmentation des prestations constatée en 2017 n’est pas sans lien avec le dynamisme du marché de l’immobilier observé en 2017, l’assurance-vie étant souvent utilisée comme moyen de financement des apports personnels.

De vives craintes ont été particulièrement nourries en fin d'année dernière par la perspective des changements fiscaux institués par la loi de finances pour 2018. De multiples rachats anticipés ont été effectués. Cependant le début de l'année 2018 a démarré en fanfare. Peut-on considérer que l'inquiétude est derrière nous ? Comment expliquez-vous un tel début d'année ?

Le nouveau cadre fiscal est maintenant connu et les interrogations levées. Notre appréciation est que l’impact de la « flat tax » sur l’assurance-vie devrait, au final, rester limité : la franchise annuelle d’impôts sur les intérêts et plus-values de 4.600 € pour une personne seule et de 9.200 € pour un couple s’appliquant aux rachats effectués sur des contrats de plus de huit ans est maintenue, ce qui constitue un avantage significatif qui distingue l’assurance-vie des autres placements.

Par ailleurs, la fiscalité de l’assurance vie en matière de succession reste inchangée, et c’est souvent dans la perspective de la transmission de leur patrimoine que les souscripteurs ont tendance à conserver leurs contrats sur une durée longue.

Les capitaux versés suite au décès de l’assuré et constitués grâce à des versements effectués avant son 70ème anniversaire sont exonérés de droits de succession jusqu’à 152.500 € par bénéficiaire, tous contrats confondus. Au-delà de cet abattement de 152.500 €, les capitaux décès sont assujettis à un prélèvement forfaire de 20% jusqu’à 700.000 € par bénéficiaire, et de 31.25% au-delà.

S’agissant des versements effectués après le 70ème anniversaire de l’assuré, ceux-ci sont exonérés de droits de succession jusqu’à 30.500 €, tous contrats et tous bénéficiaires confondus. Il convient de noter que cet abattement concerne bien les versements et non les capitaux versés au décès ; si une plus-value a été constatée sur ces versements plafonnés à 30.500 €, celle-ci est exonérée de droits.

Quelle vision avez-vous à l'heure actuelle des principales raisons qui poussent les épargnants à se diriger vers ce produit d'appel ? Ont-elles selon vous évolué ? La population détentrice de l'assurance vie présente-t-elle des nouveautés ? Lesquelles ?

L’assurance-vie est souvent qualifiée de « couteau suisse des placements financiers », dans la mesure où elle répond à une multitude d’objectifs : constituer un capital pour se prémunir contre d’éventuels imprévus, préparer sa retraite, constituer un apport en vue d’une acquisition immobilière, financer les études de ses enfants, préparer la transmission de son patrimoine etc. Le tout avec une souplesse d’utilisation et une enveloppe fiscale qui demeurent uniques. Elle reste, dans l’esprit du public, associée à une image de sécurité et de placement à moyen et long terme.

Par ailleurs, pour ceux des souscripteurs qui ont une bonne connaissance des marchés financiers, le fait de détenir des parts de valeurs mobilières sous forme d’unités de compte dans un contrat d’assurance-vie présente l’avantage de pouvoir modifier la répartition du capital entre ces supports par arbitrage sans aucune fiscalité.

Les évolutions récentes que nous observons touchent d’une part à l’ouverture progressive des souscripteurs à une prise de risque mesurée au travers de la détention d’unités de compte, afin de disposer d’un « moteur de performances » compte tenu de la revalorisation devenue plus faible des supports en euros. D’autre part, les souscripteurs d’assurance-vie, comme tous les utilisateurs de produits et services, sont de plus en plus exigeants en matière de facilité d’utilisation de leur contrat (pour le souscrire, pour le consulter, pour effectuer des opérations, pour obtenir des informations) et de rapidité dans l’exécution de leurs demandes : en cela, le canal internet devient de plus en plus incontournable.

Quelle vision avez-vous de la concurrence faite à ce produit aujourd'hui ? Le contexte vous-parait il toujours aussi propice pour s'orienter vers ce véhicule ?

L’assurance-vie conserve tous ses atouts en tant que placement de moyen – long terme :

• Depuis l’entrée en vigueur de la flat tax, l’assurance-vie est devenue un placement comme les autres au regard de la fiscalité sur les produits (intérêts et plus-values) en cas de rachat sur un contrat de moins de 8 ans ; mais, après 8 ans, elle conserve l’avantage de l’abattement de 4.600 € ou 9.200 € mentionné plus haut.

• L’assurance-vie reste l’outil privilégié pour préparer sa succession et conserve sa fiscalité spécifique en la matière : pour les versements de primes effectués avant les 70 ans du souscripteur, possibilité de transmettre jusqu’à 152.500 € de capital à chaque bénéficiaire désigné sans droits de succession ; pour les versements effectués après 70 ans, possibilité de transmettre jusqu’à 30.500 € de versements hors droits de succession.

Du fait de la considérable faiblesse des taux et du peu de rendement procuré par les fonds en euros, il semble que la diversification soit devenue le maître mot dans l'orientation des épargnants vers l'assurance-vie. Ainsi, les unités de compte ont enregistré une progression assez nette en 2017, près de 28 % de la collecte totale soit un taux légèrement supérieur à celui d’avant crise. Est-on face à un nouveau paradigme ? Quelle lecture faites-vous de cette montée en puissance lente mais certaine des unités de compte ?

Effectivement, en 2017, alors que la collecte brute sur les supports en euros de 94.8 milliards d’euros a fortement diminué par rapport à 2016 (-11%), la collecte brute sur les supports en unités de compte a progressé de 35% pour atteindre 36,7 milliards d’euros. Ces chiffres reflètent à la fois :

• Un effet d’offre de la part des assureurs (développement des offres de gestion pilotée, enrichissement des univers d’investissement pour permettre à chacun, dans le cadre d’une diversification, de trouver le ou les supports d’investissement les plus adaptés à ses objectifs).

• Une prise de conscience progressive de la part des souscripteurs qu’une dose de risque devient nécessaire pour espérer obtenir à terme une performance satisfaisante sur leurs investissements en assurance-vie.

Bien entendu, la part d’unités de compte doit être adaptée aux caractéristiques et objectifs de chaque souscripteur, dans le respect du devoir de conseil.

Propos recueillis par Imen Hazgui avec la participation de Fabien Buzzanca

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