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Interview de Chloé Clair : PDG de namR

Chloé Clair

PDG de namR

Nous voulons devenir le Google européen du bâtiment

Publié le 04 Juin 2021

 Comment présenteriez-vous la mission de votre entreprise en quelques mots ?

L’ambition de namR, c’est de décrire le monde physique par la donnée. Pour cela, nous collectons et produisons des informations qualifiantes sur l’ensemble des bâtiments du territoire français. Nos clients les utilisent ensuite pour piloter leur stratégie propre, la plupart du temps dans la perspective de la transition écologique. Pour faire simple, namR est donc un distributeur d’informations. On peut aussi décrire l’entreprise plus factuellement : une création en 2017, un chiffre d’affaires de 3,6 millions d’euros en 2020 en croissance de 15,5 % versus 2019… et une entrée en 2021 dans le club très prisé de la French Tech Green20. Après des étapes marquées par l’établissement de notre notoriété, la constitution d’un référentiel clients par vertical et la consolidation de notre socle technologique, nous abordons à présent la phase d’accélération de notre développement commercial.

 Les données semblent représenter votre matière première. Quel chemin suivent-elles chez namR ?

La première étape du processus, c’est de collecter de la donnée publique. Pour cela, nous nous mettons en relation avec l’ensemble des sites web, qui se comptent par milliers, où les informations sont disponibles en open data. Un usage positif hérité de notre Histoire : dans l’esprit de l’article 15 de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, l’État s’engage en effet à rendre des comptes au peuple dans un souci de transparence. C’est la raison principale qui pousse un grand nombre d’acteurs à publier des données que nous scannons automatiquement chaque jour de façon à enrichir notre data library interne. Par la suite, nous les traitons en les mettant en correspondance avec des qualifiants. Ces critères sont élaborés puis appliqués avec le concours du machine learning et de l’intelligence artificielle, qui elles-mêmes produisent ensuite de la donnée inédite et complémentaire. Dernière étape, l’ensemble de ces informations devenues intelligibles sont mises à la disposition de nos clients grâce à une interface interopérable qui leur permet de continuer à utiliser leurs outils informatiques habituels.

 Des clients, justement, qui ne se résument pas aux stricts professionnels du bâtiment…

C’est la conséquence à la fois de la précision et de la plasticité de la technologie développée par namR. Rendez-vous compte : en France, nous disposons d’un accès automatisé à 900 000 sources de données, permettant la mise à disposition de 6 milliards de valeurs filtrées par plus de 250 attributs ! Que vous soyez intéressé par la vétusté des toitures, la géothermie ou le risque lié au vent, ou bien les trois en même temps, namR vous fournira les data. C’est pourquoi notre solution intéresse des types d’utilisateurs intéressés par des enjeux différents : performance énergétique et environnementale du bâti, risque environnemental et extra-financier ou efficacité commerciale et opérationnelle. Ce qui recouvre des secteurs aussi différents que le BTP, les assurances ou les télécoms… et d’autres encore !

 Quelle est la dynamique actuelle du marché du marché sur lequel vous évoluez ?

En Europe, on compte 200 millions de bâtiments qui concentrent d’ailleurs près de 40 % des émissions de CO2. C’est dire, s’il en était encore besoin, combien la question du bâti suit de près celle de l’environnement… Dans le secteur du data, c’est l’originalité et la puissance de notre solution qui nous permet d’être les seuls à intervenir sur des domaines différents. Dans le domaine assurantiel par exemple, il existe ainsi des professionnels du risque climatique. Mais leur terrain de jeu ne couvre pas les autres dimensions de la modélisation d’un risque. C’est la raison pour laquelle nous pouvons dire que nous sommes actuellement les premiers sur notre marché, les seuls en tout cas à nous positionner sur un terrain aussi vaste.

 Un marché des data qui semble encore en maturation…

Nous prévoyons son explosion prochaine, et c’est le cœur de notre stratégie de croissance. En effet, nos clients actuels nous sollicitent pour utiliser l’accès à des attributs à forte valeur ajoutée qui leur permettent de faire tourner leurs modèles prédictifs ou le pilotage de leurs risques. Car les entreprises, pour le dire vite, s’occupent pour le moment encore de collecter et traiter elles-mêmes leurs données. Mais dans deux ans, lorsque le marché arrivera à maturité, d’un coup la nécessité et l’intérêt d’acheter de la data deviendront une évidence. Et, ce jour-là, nous serons les maîtres du marché. Aujourd’hui, nous faisons de la pédagogie dans l’attente du « boom » à venir à la suite duquel notre discours de vente sera différent. Car, comme nous aurons exploité au mieux notre situation actuelle en avance de phase, nous serons placés durablement devant les autres.

 Cherchez-vous à vous positionner à l’international, ou bien cela vous semble-t-il prématuré ?

Au contraire, c’est notre objectif principal ! Nous voulons en 2023 que namR soit implanté dans trois pays en Europe pour un chiffre d’affaires supérieur à 9 millions d’euros, près de trois fois celui atteint en 2020. Cette ambition est facilitée par l’encouragement très efficace de l’open data par l’Union Européenne depuis 2013. Même si cette volonté s’incarne dans des réalités nationales plus ou moins abouties, parfois même à l’extérieur des frontières : l’exemple du Royaume-Uni est à ce titre très intéressant, un pays où l’open data est très poussé et performant. Par ailleurs, les développements que nous avons réalisés pour notre établissement en France nous permettent de nous projeter sur des implantations très rapides et facilités dans d’autres pays. En effet, 75 % des algorithmes et de nos modèles sont réutilisables à l’étranger ! Et, sur les territoires que nous visons, nous avons déjà des contacts avec des clients qui nous y attendent. Donc pour vous répondre clairement : à moyen terme, nous voulons devenir le Google européen du bâtiment.

 Quelle stratégie explique votre actuelle IPO ?

L’objectif de cette ouverture de capital est de lever 8 millions d’euros afin de sécuriser notre montée en puissance. Concrètement, il s’agit de poursuivre nos efforts en R&D et de continuer à enrichir notre infrastructure dans le cloud : c’est notre barrière à l’entrée, il faut qu’elle soit très solide en France. Et nous sommes prêts à nous en donner les moyens. Par exemple, à chaque fois que nous rencontrons une difficulté dans le traitement automatique d’une nouvelle source de données, nous nous attachons à réaliser un développement dédié pour régler le problème. Développement qui rend notre outil sans cesse plus performant et nous permet à l’avenir de traiter immédiatement le même genre de souci. Nous cherchons aussi à faire grandir nos équipes de commerce pour les dimensionner à la taille du marché que nous adressons. Dans la perspective aussi de la croissance de namR, nous cherchons la notoriété apportée par ce type d’opérations.

 Votre modèle économique vous pousse-t-il lui aussi à la confiance ?

Absolument, car il est essentiellement récurrent. Il repose sur un modèle de licence qui permet à la fois de nous projeter sereinement vers l’avenir en donnant de la visibilité, et également une grande souplesse de dimensionnement en fonction des besoins spécifiques des clients. Ce modèle vertueux, assorti à la certitude d’être placé au cœur d’un écosystème sur le point de vivre une véritable révolution économique, légitime nos espoirs de conforter à court terme notre place de champion de la data contextuelle et environnementale.

Aymeric Jeanson

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