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Interview de Mario Crovetto : Ikonisys entre en bourse

Mario Crovetto

Ikonisys entre en bourse

Cancer et maladies infectieuses : Ikonisys permet la détection des cellules rares

Publié le 02 Juillet 2021


Pourriez-vous s’il vous plaît nous expliquer la spécialité de Ikonysis ?


Nous sommes une société privée de diagnostics cellulaires basée aux États-Unis et en Italie. Notre mission est de développer, produire et commercialiser une plateforme propriétaire, Ikoniscope, conçue pour fournir une détection précise et fiable des cellules rares. Les applications de cette technologie sont largement présentes en Europe et aux États-Unis, notamment dans la lutte contre une variété de cancers.

Autour de la plate-forme, nous avons déployé un environnement d’équipements, de logiciels et de réactifs permettant un diagnostic automatisé, qui représente une très nette amélioration du travail des laboratoires d’analyses médicales. Notre produit le plus important est un microscope à fluorescence numérique baptisé Ikonoscope20, conçu en 2019 et commercialisé depuis 2021.

Plus précisément, quels sont les domaines d’application de votre expertise technologique ?

Nous utilisons tout d’abord le cadre de la technique FISH, dite de l’hybridation in situ en fluorescence. Celle-ci permet de quantifier des gènes spécifiques dans des cellules ou des tissus. C’est ce que réalise notre Ikonoscope20, qui exécute plusieurs applications FISH couramment utilisées par les laboratoires américains et européens. Autre domaine, celui du CTC pour circulating tumor cells : il s’agit d’étudier la présence dans le sang de cellules qui se détachent d’une tumeur.

Cette technique, connue depuis plus de 100 ans, est rendue très complexe du fait de la rareté de ces cellules. Mais elle représente une source continue et non-invasive de matériel tumoral lors de diagnostic, suivi de traitement ou dépistage. Enfin, le dernier domaine d’application de notre technologie, encore en cours de discussion avec le conseil scientifique, est l’immunologie.

Avez-vous déjà sécurisé la technologie que vous utilisez ?

L’entreprise détient à ce jour 23 brevets, dont 4 sont en cours d’obtention. Ils couvrent des zones géographiques stratégiques comme l’Europe, les États-Unis et le Japon. Plus précisément, notre savoir-faire se décline dans un grand nombre de domaines : notre microscope automatisé et autonome, mais aussi ses composants, des logiciels propriétaires permettant de l’exploiter et un concept Ikonysis utilisé dans la détection du cancer. Nos produits sont homologués auprès de la FDA et ont obtenu le marquage CE, ce qui représente une solide garantie de qualité.

Pourriez-vous nous décrire un peu plus votre produit phare, l’Iknoscope20 ?

Il s’agit d’un microscope numérique robotisé, conçu pour l’analyse et le balayage des millions de cellules présentes sur chaque lame, et destiné à de multiples applications comme le cancer et le CTC. En plus de ses qualités intrinsèques de vitesse et de précision, il simplifie considérablement le workflow des laboratoires, permettant d’améliorer jusqu’à 65 % de leur efficacité en termes de temps et de coûts. Ikonysis propose, autour de ce microscope, un ensemble de services : des applications logicielles dédiées aux tests dans différents domaines, des consommables et réactifs propriétaires, des contrats de maintenance et une intégration à un cloud qui collecte la data à distance et établit une mise en réseau avec l’ensemble du laboratoire.

Nous étudions par ailleurs en ce moment l’opportunité d’une automatisation du process de préparation des lames. Pour résumer, l’Ikonoscope20 représente une solution efficace, fiable et ergonomique, limitant d’autant les pratiques manuelles fortement dépendantes des opérateurs et toujours susceptibles d’erreurs humaines.

Quelles sont les pathologies que votre technologie peut contribuer à déceler ou analyser ?

Elles sont de plus en plus nombreuses. Du côté de la technique de l’oncologie FISH, on parle des cancers du poumon, du sein, du col de l’utérus, de la prostate et de la vessie, ainsi que de l’œsophage de Barrett. Ce sont des pathologies relativement courantes, qui peuvent être détectées par notre brique logiciel Ikonisoft ou par biopsie liquide dans la recherche de CTC. Autre application, le diagnostic prénatal via une détection entièrement automatisée de cellules fœtales.

Vous parliez d’intégration via le cloud pour fluidifier le parcours de la data recueillie. Avez-vous prévu d’intégrer l’intelligence artificielle à votre écosystème ?

Nous y travaillons en effet, via la préparation d’un IkoniscopeIA de nouvelle génération qui sera disponible en 2023. Il sera dès lors totalement intégré au workflow des laboratins et permettra de renforcer leur efficacité et d’élargir les capacités initiales de l’appareil. Et ceci via l’addition du meilleur de ce que peut apporter l’intelligence artificielle : l’exploitation du big data, le cloud computing, des algorithmes autoapprenants améliorant sans cesse vitesse et prises de décisions, l’intégration des données et une technologie d’imagerie directe de pointe. C’est clairement une machine de nouvelle génération, renforçant notre capacité à adresser les domaines des maladies infectieuses, de l’immuno-oncologie et même du covid 19. Ces applications futures étant, comme de juste, génératrices de nouveaux revenus pour Ikonysis.

Dans votre écosystème propre, quels sont vos concurrents ?

Avant de parler de nos concurrents, j’aimerais évoquer le réseau d’experts au service de la R&D sur lequel nous nous appuyons. L’université du Connecticut, Charité-Berlin, Imperial College of London, Trentino Innovation Hub… Autant de pôles d’excellence dont le savoir-faire rayonne à travers celui d’Ikonysis, et qui représentent de forts leviers de croissance. C’est ce qui nous permet notamment de nous caractériser à la fois par notre capacité élevée à caractériser l’intégralité de la cellule étudiée, et à identifier et sélectionner l’ensemble des cellules. Nos concurrents comme Grail ou Guardant peinent à atteindre ces deux objectifs. Même Angle n’atteint pas notre niveau dans l’automatisation complète de la robotique de laboratoire. Disons pour simplifier que, dans le domaine du FISH, notre approche est différenciée. Et qu’elle est avant-gardiste dans le domaine du CTC.

On imagine que la recherche sur les cancers et les maladies infectieuses représentent un secteur très attractif économiquement…

Et c’est le cas, à cause de la transition démographique entraînant le vieillissement de la population et le développement de la médecine personnalisée. Dans notre domaine, cela fait des cancers et maladies infectieuses le moteur d’une forte croissance. C’est déjà vrai du FISH, dont le dynamisme se maintient avec une croissance annuelle de l’ordre de 8 % pour un volume global de 1,772 milliards de dollars attendu en 2024. Mais l’accélération attendue du CTC, de l’ordre de 25 % par an entre 2019 et 2024, va très fortement doper la croissance d’Ikonysis.

Le poids de ce marché de la biopsie liquide va ainsi passer en cinq ans de 470 millions de dollars à 1,580 milliards. Sur ce marché s’exprime aussi une forte demande pour des systèmes entièrement automatisés, permettant de décharger les pathologistes d’une partie de leurs tâches et d’améliorer ainsi le workflow.

Quelle croissance visez-vous, et sur quels marchés prioritairement ?

Nous nous concentrons sur nos deux marchés historiques, qui sont les États-Unis et l’Europe. À l’Ouest de l’Atlantique, nous ciblons pour les quatre prochaines années les 800 laboratoires ayant le débit d’échantillons le plus élevés, 480 dépendant d’hôpitaux et 320 étant des laboratoires commerciaux. Côté Est, nous avons l’ambition de toucher 650 sites, 400 dans des hôpitaux et 150 laboratoires commerciaux, mais aussi une centaine dans des pays hors de l’Union Européenne. De façon générale, nous ciblerons aussi les laboratoires souhaitant effectuer des tests FISH, mais qui ne le faisait pas jusqu’à présent faute de ressources.

Pour atteindre ces objectifs de croissance, quelle stratégie commerciale allez-vous adopter ?

Cela dépendra des territoires, à cause notamment de notre antériorité sur certains d’entre eux. C’est le cas des États-Unis, avec la mise en place de comptes clés et d’une commercialisation en direct dans 8 régions. C’est aussi ce que nous avons choisi pour la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni. Pour le reste des États-Unis, l’Alaska, le Canada et l’Amérique du Sud, comme pour le reste de l’Union Européenne, nous passerons par un réseau de distribution. Notre ambition est la mise sur pied immédiate d’une organisation commerciale forte, seule capable de nous mener vers une pénétration réussie du marché. Cette stratégie se trouve renforcée par l’aspect récurrent de notre business, induit par l’utilisation de consommables, d’applications logicielles et de contrats de services.

Est-ce la raison principale de la levée de fond que vous réalisez sur Euronext Growth ?


En effet, la mise en place d’une couverture destinée à nous positionner efficacement sur les marchés américain et européen représente 70 % de la somme de 6,1 millions d’euros que nous avons l’ambition de récolter via cette opération. Le reste de l’enveloppe sera destiné à alimenter notre besoin en fonds de roulement et à poursuivre nos indispensables efforts de R&D pour maintenir l’excellence de notre plateforme Ikonoscope. De quoi préparer en toute sérénité le lancement de nos nouveaux produits particulièrement prometteurs à partir de 2023.

Aymeric Jeanson