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Interview de Nicolas SORDET : PRÉSIDENT ET CO-FONDATEUR DE AFYREN

Nicolas SORDET

PRÉSIDENT ET CO-FONDATEUR DE AFYREN

A qualité égale, une empreinte carbone 80 % inférieure

Publié le 20 Septembre 2021

Interview à l'occasion de l'entrée en bourse de AFYREN



Pourriez-vous s’il vous plaît nous présenter en quelques mots votre société ?

AFYREN est une greentech créée en 2012, qui produit des acides organiques naturels et bas carbone utilisés dans la composition industrielle d’un grand nombre de produits du quotidien. Les sept molécules que nous produisons ont pour qualités principales d’être conservatrices, antibactériennes et olfactives. Ce qui leur ouvre de nombreuses applications dans des domaines variés comme l’alimentation humaine et animale, les arômes et parfums, les sciences de la vie et des matériaux ou les lubrifiants. Notre technologie se base sur l’utilisation de micro-organismes naturels issus de la revalorisation de biomasse non-alimentaire. À ce jour, AFYREN compte près de 50 salariés répartis sur trois sites en France : Clermont-Ferrand, Lyon et Carling - Saint Avold.

Comment présenteriez-vous le cœur de la singularité d’AFYREN ?

Nous proposons un moyen concret de lutter contre le réchauffement climatique tout en maintenant la recherche de qualité optimale pour le produit. Et quelle meilleure façon de le faire que de proposer une alternative naturelle aux dérivés pétroliers massivement utilisés dans la chaîne de production industrielle de toutes ces familles de produits très utilisés ? Cette ambition environnementale et sociétale est tellement importante que dans la structuration d’AFYREN, la stratégie RSE est sous la responsabilité directe d’un membre du comité de direction. Une manière de l’inscrire dans le temps au cœur de l’ADN de l’activité de l’entreprise.

Comment parvenez-vous à tenir le choc face à la rude concurrence de produits de l’industrie pétrochimique ?

Il est vrai que ces produits représentent à ce jour 99 % d’un marché de 13 milliards de US$ en 2021 et en croissance de 5,8% par an. Nos concurrents dont l’activité se base sur des produits pétrosourcés sont en place depuis longtemps, et bénéficient donc d’un écosystème massif, rôdé et performant. Toutefois, la clé de notre singularité repose sur notre triangle magique : un produit sustainable, doté de performances similaires à ceux de la concurrence pétrosourcée, et surtout compétitif économiquement. Pour simplifier, à un coût compétitif et à qualité égale, nous apportons le bénéfice d’une composition réelle représentant une empreinte carbone 80 % inférieure aux techniques issues de la pétrochimie. Et cette proposition, dans le grand mouvement que nous vivons aujourd’hui, ne peut que convaincre les grandes entreprises conscientes de l’enjeu environnemental majeur qui nous environne.

En quoi votre procédé de fabrication, défendu par une dizaine de brevets, est-il « vert » ?

Pour commencer, notre processus repose sur des co-produits agricoles. Nous n’utilisons pas le sucre, comme la plupart des sociétés de chimie classiques, ce qui nous coupe d’un double problème éthique et économique. Notre production utilise en effet un co-produit issu des betteraves sucrières, que nous traitons ensuite par fermentation au contact de microorganismes naturels. À l’issue du processus, nous obtenons sept acides organiques naturels qui sont donc les 7 produits que nous commercialisons. Cette technique n’entraîne qu’un seul résidu, valorisé comme engrais et qui favorise l’amorce d’un nouveau cycle. Pas de déchets, donc. Par ailleurs, comme la production est réalisée en boucle fermée, nous utilisons très peu d’eau. Un savoir-faire assorti de coûts réduits et d’un véritable schéma vertueux d’écologie circulaire ! Par comparaison, le processus pétrochimique doit par exemple, pour aboutir à un résultat comparable, établir un process différent par acide produit. Sept produits avec une seule ligne de production chez AFYREN là où nos concurrents ont des approches spécifiques pour chaque produit !

Avez-vous opté pour une stratégie de licencing en déléguant votre production, ou au contraire AFYREN entend-il rester maître de cet aspect de l’activité ?

Très clairement, nous souhaitons maintenir le contact direct avec nos clients et garder la main sur l’aspect production. C’est la raison pour laquelle la clé de notre développement actuel repose sur le développement de notre projet industriel avec la construction de deux nouvelles usines en complément de notre première usine, AFYREN Neoxy, détenue à 51 % par AFYREN, qui sera opérationnelle mi-2022. Elle comptera 60 employés, et représente un investissement déjà largement dérisqué : son financement est déjà totalement assuré et plus de la moitié de son chiffre d’affaires cible à pleine capacité déjà pré-vendue. Outre notre carnet de commandes, nous sommes déjà en discussion ou en contact avancé avec plus de 300 clients. Qui souvent sont des entreprises de très grande taille représentant un énorme potentiel pour notre activité.

Avez-vous prévu de vous développer à l’international ?

La localisation de notre première usine, à Carling - Saint Avold en Moselle, sur un site développé par Total, est un indice. Elle est située en effet dans un bassin industriel historique qui facilitera le recrutement de personnels, et au cœur d’une région de production de betteraves à sucre incluant La France, l’Allemagne, le Benelux. Notre technologie offre par ailleurs un avantage essentiel dans l’optique d’un développement sur d’autres territoires : nous pouvons faire varier le substrat sur lequel se base notre processus de production en fonction des régions où nous nous implantons. Canne à sucre, résidus de maïs ou de blé peuvent tout aussi bien être utilisés, permettant là encore de s’implanter à moindre coût écologique et économique. Enfin, le potentiel gigantesque du marché estimé à 21 milliards d’euros d’ici 2030, et le fait que les produits naturels que nous produisons ne représentent à ce jour que 1 % du marché représente un énorme appel d’air.

Quelle stratégie de croissance à moyen terme poursuivez-vous pour AFYREN ?

Nous cherchons à accélérer notre développement dans un contexte très porteur pour AFYREN. Notre première usine vaut comme preuve mondiale de concept, et la stratégie de production de démonstrateurs industriels engagée depuis 2017 a déjà décidé un grand nombre de clients. Dès lors, nous cherchons à nous projeter sur l’ouverture de nouveaux sites de production pour accompagner le déploiement commercial de nos molécules. Nous prévoyons ainsi la construction de deux nouvelles usines à l’horizon 2024 et 2026 avec une capacité de production accrue pour répondre aux besoins croissants de nos clients. Nous ambitionnons un chiffre d’affaires cumulé de 150 m€ pour un EBITDA de 30% d’ici 2027. Chaque site est estimé à environ 90 M€, financés en fonds propres et majoritairement en dettes. Cette fois-ci, nous nous implanterons plus particulièrement sur les marchés d’Amérique du Nord et d’Asie du Sud-Est de façon à adresser plus particulièrement des clients globaux

Quels objectifs concrets poursuivez-vous avec votre IPO engagée le 24 septembre ?

Avec cette opération boursière, déjà sécurisée par des engagements (Bpifrance, Mirova, Sofinnova Industrial Biotech, Crédit Agricole Centre France) à hauteur de 50 %, nous visons une levée de fonds de 70 à 80 millions d’euros. Elle est destinée, à parts égales, à financer le maintien d’un niveau élevé de recherche & développement et à préparer nos prochaines unités industrielles, à alimenter les fonds propres permettant d’engager la construction de notre deuxième site de production, et ceux correspondant au troisième. Nous poursuivons aussi des objectifs complémentaires : étendre notre portefeuille de produits, nous déployer à partir de nouvelles matières premières et améliorer constamment notre performance en poursuivant nos travaux de R&D.

Vous existez depuis dix ans. Quelles raisons voyez-vous d’envisager avec confiance les dix 
prochaines ?


Notre technologie est à la fois vertueuse, économique et innovante par rapport à celle de nos concurrents issus de l’industrie pétrolière. Autour de nous, la prise de conscience et le mouvement de fond suscités par l’urgence écologique font de nos molécules une opportunité rare et réelle de maintenir la performance tout en luttant efficacement contre les gaz à effet de serre. Pourtant, surtout pas de triomphalisme ! Les valeurs sur lesquelles nous avons forgé AFYREN sont « engagement, agilité et humilité ». Alors nous allons continuer de nous déployer et d’améliorer nos molécules, en cherchant pour nos clients les meilleures solutions naturelles et bas carbone pour leurs produits d’aujourd’hui et de demain.





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Interview réalisée par Aymeric Jeanson