Interview de Francois De Wiljes, : Directeur général de PrimaryBid France

Francois De Wiljes,

Directeur général de PrimaryBid France

Nous avons réalisé nos quatre premières offres en France avec beaucoup de succès, en partie grâce à EasyPrime

Publié le 21 Juillet 2022

Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots ce qui est PrimaryBid ?
PrimaryBid est une fintech – une start-up active dans le domaine des services financiers – qui utilise les technologies digitales pour proposer gratuitement aux particuliers des opportunités d’investissement actuellement réservées aux investisseurs institutionnels.
Plus précisément, nous connectons en temps réel les investisseurs particuliers aux placements accélérés, des levées de fonds d’émetteurs cotés, qui ne durent que quelques heures, qui sont réalisées avec une décote par rapport au cours de clôture et qui excluent jusqu’à présent les investisseurs particuliers – nous leur donnons désormais accès à ces offres dans les mêmes conditions de prix, de calendrier et d’information que les institutionnels.

Quel bilan faites-vous des opérations que vous avez accompagné depuis votre entrée en scène en France ?

Nous avons réalisé nos quatre premières offres en France avec beaucoup de succès.
En moyenne, la demande générée par les particuliers a représenté 2,5% de la capitalisation boursière des émetteurs et 30 fois la liquidité quotidienne moyenne. En valeur absolue, nous avons connu un pic avec l’offre pour Carmat : la demande a dépassé les 4M€ avec 1600 ordres collectés (plus de 8 ordres / minute !). L’allocation des particuliers a représenté en moyenne 11% de l’offre totale, en ligne avec notre objectif de répliquer la pratique de marché qui sécurise un minimum de 10% aux particuliers lors des introductions en bourse.
Au final, le retour des émetteurs quant à notre solution a été très enthousiaste, l’amélioration des termes de l’opération de levée de fonds grâce à l’inclusion des particuliers s’analysant avec l’absence totale de coût et de complexité supplémentaires. Et côté investisseurs, la performance des titres proposés a été globalement positive, malgré un contexte de marché compliqué ces derniers mois.

De belles offres donc, mais encore peu nombreuses. Peut-on s’attendre à une accélération du nombre d’opérations ?
Absolument, nous avons préparé près d’une dizaine d’offres sur les seuls mois de juin et juillet, toutes ont été repoussées à cause des conditions de marché. Si celles-ci s’améliorent, la majorité de ces projets devrait aboutir courant septembre et octobre.
Ces perspectives positives sont la conséquence des deux facteurs déterminants le nombre d’offres.
En premier lieu, il est important de rappeler que nous dépendons du volume d’activité du marché car intervenons toujours en parallèle d’une offre institutionnelle, et en complément de celle-ci (maximum 20% du total de l’offre). Comme pour les introductions en bourse, ce sont avant tout les institutionnels qui sont donc déterminants pour la réalisation des offres, et leur aversion au risque des dernières semaines explique les reports constatés.
En deuxième lieu, le nombre d’offre dépend de notre capacité à saisir ces opérations de marché. Compte tenu du succès des premières offres, nous bénéficions désormais d’une notoriété forte et positive auprès des émetteurs et de l’ensemble de l’écosystème (banques d’affaires, conseils juridiques, conseils financiers…) partie prenante aux opérations. L’inclusion des particuliers via notre plateforme devient ainsi progressivement la norme.
Au final, une cinquantaine d’offres interviennent chaque année sur le marché français et nous visons d’inclure les particuliers dans la majorité d’entre elles.

En parlant de partenaire, de quelle manière EasyBourse a contribué à ce succès ?
Pour rappel, EasyBourse a mis à disposition de ses clients le service EasyPrime, avec des contenus pédagogiques dans une double finalité d’explication et d’accompagnement.
Chacune des opérations que nous avons accompagnées ont été proposées par EasyBourse vers 18h et clôturées dans la soirée. Au lancement, une notification par email ou SMS a été envoyé aux clients d’EasyBourse pour alerter sur le lancement de l’offre et les inviter à se connecter sur leur espace client pour y souscrire. De nombreux investisseurs ont donc pu en quelques clics seulement émettre un ordre de souscription à partir d’un compte-titres ordinaire ou d’un PEA pour les titres éligibles.
La transparence a été totalement au rendez-vous puisque dès le lendemain matin, les allocations - soit le nombre de titres reçus par rapport à ceux demandés, et le prix final de ont été confirmées, et un jour plus tard, les titres ont été rendus visibles dans l’espace client.

Si des obstacles opérationnels ont été surmontés grâce à votre technologie, vous déplorez la persistance de barrières réglementaires encore très présentes…

Effectivement, si la démocratisation est en cours grâce à la technologie déployée avec nos partenaires, celle-ci demeure bridée par des frictions règlementaires au niveau européen.

Par exemple, le plafond d’exemption de prospectus de 8 millions d’euros ne nous semble pas pertinent sur les marchés publics et agira au détriment de l’intérêt des particuliers pour les offres de grande taille : compte-tenu des devoirs de communication régulière au marché des sociétés cotées et de celles liées à l’offre, il ne nous semble pas que le prospectus apporte des informations complémentaires nécessaires à la décision d’investissement et à la protection des particuliers.
Également, la règlementation actuelle rend très compliqué – sinon impossible en pratique – la réalisation d’offres transfrontalières au sein de l’UE. C’est particulièrement dommageable car les particuliers étrangers représentent 28% du montant des transactions en actions en 2021 (source : AMF). Ceux-ci se voient privés d’opportunités d’investissement (tant bien même l’investisseur serait actionnaire de la valeur et résident de l’UE) et les émetteurs sont privés d’une poche supplémentaire de demande.
Ces deux éléments sont des barrières concrètes au projet d’Union de Marché de Capitaux, nous espérons que la consultation Listing Act en cours puisse apporter des réponses.

Imen Hazgui