Eric Bertrand
Directeur général délégué, Directeur des gestions d'Ofi Invest Asset Management
Perspectives 2026 : des risques identifiés, mais pas encore pleinement intégrés dans les cours de bourse
![]()
Publié le 08 Décembre 2025
Si je devais retenir un élément central, je dirais qu’en 2025, le monde a changé de visage.
En 2025, le monde a changé de visage 
Pour autant, lorsqu’on regarde la politique américaine et plus largement sa stratégie internationale, le fond de la démarche n’est pas complètement nouveau. Dès son premier mandat, Donald Trump avait déjà commencé à remettre en cause le cadre multilatéral, à se servir massivement des droits de douane comme d’un instrument de pression, et à assumer une logique de rapport de force. Ce qui a véritablement basculé en 2025, c’est le degré d’intensité et de systématisation de cette approche.
La combinaison – rupture dans la forme, continuité dans le fond – donne à 2025 un caractère de bascule 
Comment décririez-vous la nouvelle phase de globalisation qui s’ouvre ?
Pendant des décennies, la mondialisation a été pensée comme un mouvement continu d’ouverture des économies, de baisse des barrières commerciales et d’intégration des chaînes de valeur. L’hypothèse implicite était que les échanges seraient de plus en plus fluides, que les tensions seraient gérables et que les intérêts économiques finiraient par l’emporter sur les réflexes de puissance. En 2025, cette vision a clairement atteint ses limites.
Nous sommes entrés dans une phase où les échanges internationaux sont avant tout organisés autour de la gestion du risque et du rapport de force 
Les droits de douane deviennent des instruments ajustés en quasi temps réel. On menace de les relever pour peser sur une négociation, puis on propose de les abaisser pour obtenir un accord sur un autre sujet. Cela crée un climat d’instabilité réglementaire.
Cette nouvelle globalisation moins fluide, plus fragmentée et plus politisée [...] réduit les gains d’efficience et augmente l’incertitude 
Cette nouvelle globalisation est donc moins fluide, plus fragmentée et plus politisée. Elle ne met pas fin au commerce mondial, loin de là, mais elle en réduit les gains d’efficience et en augmente l’incertitude. Dans ce contexte, la capacité d’adaptation, la diversification géographique et la solidité des bilans deviennent des atouts décisifs pour les entreprises.
Malgré ce contexte, 2025 a montré une économie mondiale résiliente. Comment expliquez-vous cette robustesse ?
Ce qui est frappant, c’est le décalage entre la violence des chocs que nous avons traversés et la résilience des marchés et de l’économie réelle.
Ce qui est frappant, c’est le décalage entre la violence des chocs que nous avons traversés et la résilience des marchés et de l’économie réelle 
Plusieurs mécanismes peuvent l’expliquer. D’abord, la politique budgétaire joue un rôle d’amortisseur. Aux États-Unis notamment, les baisses d’impôts et les mesures de soutien ont maintenu la confiance des ménages et des entreprises. En Europe, les plans d’investissement, en particulier en Allemagne, ont pris le relais d’une politique monétaire qui ne pouvait pas tout faire.
Ensuite, il existe une dynamique endogène de l’économie mondiale qui ne se laisse pas totalement dicter par la politique. Des millions d’entreprises continuent d’innover, d’investir, de recruter et de chercher des gains de productivité. La diffusion de technologies comme l’intelligence artificielle, l’automatisation ou la digitalisation des services produit des gains d’efficacité qui soutiennent l’activité, même dans un environnement politique plus heurté.
Les marchés se sont accoutumés à un niveau élevé de « bruit politique »
Quelles sont vos perspectives de croissance pour 2026 aux États-Unis, dans la zone euro et en Allemagne ?
Pour 2026, le scénario central reste celui d’une croissance positive mais modérée, sans emballement ni récession brutale.
Aux États-Unis, la croissance devrait se situer proche de son potentiel, autour de 1,8% 
Dans la zone euro, on s’attend à une croissance d’environ 1,2%.
Dans la zone euro, on s’attend à une croissance d’environ 1,2% 
Ces programmes ont un double effet. À court terme, ils injectent des dépenses publiques qui soutiennent l’activité et l’investissement. À moyen terme, s’ils sont bien exécutés, ils peuvent renforcer le potentiel de croissance en modernisant le capital productif, en améliorant la qualité des infrastructures et en stimulant des secteurs innovants, notamment dans l’industrie et la technologie.
La question clé, pour l’Allemagne comme pour l’Europe, sera celle de l’exécution.
La question clé, pour l’Allemagne comme pour l’Europe, sera celle de l’exécution
Comment analysez-vous la trajectoire de l’inflation et le rôle des banques centrales, notamment la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne ?
L’inflation est aujourd’hui un élément central du paysage économique, mais sa dynamique diffère sensiblement entre les États-Unis et l’Europe.
Une inflation sous-jacente plus élevée pourrait être entretenue aux Etats-Unis 
Un second facteur, plus lent à se matérialiser mais potentiellement puissant, est lié à l’immigration. La réduction marquée des flux migratoires peut, à moyen terme, raréfier l’offre de travail dans certains secteurs et exercer une pression à la hausse sur les salaires, surtout si la croissance ne ralentit pas fortement. Ce mécanisme peut entretenir une inflation sous-jacente plus élevée que par le passé.
En Europe, la situation est presque inverse.
Les forces plaident plutôt pour une inflation modérée, voire trop faible en Europe 
Le scénario le plus probable est celui d’une ou deux réductions supplémentaires des taux par la Fed 
La Banque centrale européenne, elle, se trouve dans une situation où l’essentiel du travail de remontée puis de stabilisation des taux a déjà été fait.
L’essentiel du travail de la BCE de remontée puis de stabilisation des taux a déjà été fait
Voyez-vous un risque réel peser sur l’indépendance de la Réserve fédérale ?
Oui, ce risque existe et il ne doit pas être sous-estimé. L’indépendance de la banque centrale américaine repose à la fois sur un cadre institutionnel et sur une forme de consensus politique implicite. Or ce consensus est fragilisé lorsque le pouvoir exécutif critique publiquement la banque centrale, remet en cause ses décisions, et laisse entendre que la politique monétaire devrait être alignée sur les objectifs de court terme de la Maison-Blanche.
La question clé sera celle du choix du successeur du président actuel de la Fed
Les conséquences d'une politisation accrue de la Fed seraient potentiellement lourdes
Quelles sont vos principales convictions en matière de taux d’intérêt et d’obligations souveraines ?
Dans l’environnement actuel, nous considérons que les obligations américaines à dix ans deviennent attractives lorsque leurs rendements dépassent le seuil de 4 %. Nous anticipons un atterrissage des taux longs légèrement inférieur aux niveaux observés aujourd’hui, de l’ordre de quelques dizaines de points de base. Ce mouvement serait cohérent avec une économie qui ralentit doucement sans entrer en récession, et avec une inflation qui se stabilise à un niveau modérément supérieur à la cible.
Les obligations américaines à dix ans deviennent attractives 
En zone euro, la situation est différente. Les besoins d’émission sont importants, en particulier en Allemagne, ce qui limite la capacité des rendements allemands à se resserrer fortement à court terme.
Nous n’avons pas de raison forte d’être très constructifs sur le Bund à 10 ans
Comment voyez-vous la situation budgétaire et la dette de la France ?
La France a suscité de nombreux commentaires alarmistes ces derniers mois, en particulier sur la question de la dette publique. Il faut distinguer deux choses. D’un côté, la France reste un pays riche, doté d’une base fiscale solide, capable de lever l’impôt en son nom propre. Il n’y a pas, à court terme, de risque de solvabilité immédiate comparable à celui de certains pays en crise.
Il n’y a pas, à court terme, de risque de solvabilité immédiate 
Les leviers ne pourront pas être éternellement repoussés 
Pour l’instant, nous ne sommes pas dans un scénario de panique 
Quel regard portez-vous sur le crédit ?
Le crédit a été un segment particulièrement porteur ces dernières années. Les investisseurs ont été largement récompensés pour le risque pris, et les spreads se sont resserrés de manière significative. Aujourd’hui, la situation nous semble différente.
Le couple rendement–risque semble moins favorable 
Autrement dit, le couple rendement–risque semble moins favorable qu’il ne l’était. Dans un environnement où d’autres classes d’actifs, comme certaines obligations souveraines ou des actions sélectionnées, offrent des perspectives intéressantes, nous pensons qu’il est légitime d’être un peu plus prudent sur le crédit.
Il est légitime d’être un peu plus prudent 
2025 a été une année de fortes performances boursières. Cela vous a-t-il surpris au regard du contexte ?
Oui, l’ampleur des performances boursières de 2025 a été, dans une certaine mesure, surprenante.
L’ampleur des performances boursières de 2025 a été surprenante
La résilience des marchés est impressionnante 
Cela ne signifie pas que les risques ont disparu 
Comment abordez-vous 2026 pour les marchés actions ?
Pour 2026, le cadre de départ nous semble plutôt favorable.
Pour 2026, le cadre de départ nous semble plutôt favorable 
Nous anticipons, grosso modo, une progression des bénéfices d’environ 10% en Europe et de 12 à 13 % aux États-Unis.
Nous anticipons une progression des bénéfices d’environ 10% en Europe et de 12% à 13 % aux États-Unis 
Nous anticipons des phases de respiration qui pourraient offrir des points d’entrée intéressants 
Les tensions autour de l’intelligence artificielle rappellent la bulle internet. Peut-on craindre une correction comparable à 2000–2002 ?
On peut évidemment connaître des corrections ponctuelles sur les valeurs liées à l’intelligence artificielle, comme ceux que l’on a déjà observés sur le Nasdaq en avril ou à la mi-août.
Une purge de l’ampleur de celle de 2000–2002, ne nous paraît pas le plus probable pour 2026 
La grande différence avec la bulle internet, c’est que l’intelligence artificielle génère déjà des flux de revenus et des investissements massifs, très concrets. Les entreprises qui fournissent les infrastructures, les puces, les centres de données, les logiciels de base et les services d’intelligence artificielle monétisent dès aujourd’hui leurs solutions. Elles financent des usines, des centres de recherche, des plateformes, et elles disposent souvent de bilans solides.
Des prises de bénéfices sont possibles, voire souhaitables pour assainir le marché 
Aux États-Unis, la technologie a dominé jusqu’à l’été 2025. Le reste du marché peut-il prendre le relais ?
Pendant une grande partie de la période récente, la performance des indices américains a été tirée par un nombre très limité de grandes valeurs technologiques. Cette concentration extrême était un sujet d’inquiétude, car elle rendait les indices vulnérables à une correction ciblée sur ce segment. Depuis quelques mois, on observe un élargissement de la performance : le reste du S&P 500 commence enfin à progresser, ce qui est un signal plutôt sain.
Le reste du S&P 500 commence enfin à progresser, ce qui est un signal plutôt sain 
Les secteurs comme la consommation, la santé, certains industriels et des valeurs cycliques pourraient se distinguer 
En Europe, les banques et la défense ont été des moteurs de performance en 2025. Peuvent-ils le rester en 2026 ?
La performance européenne de 2025 a justement été intéressante parce qu’elle ne reposait pas uniquement sur les secteurs traditionnellement dominants comme le luxe. Ce dernier a d’ailleurs corrigé, avec des valeurs emblématiques qui ont rendu une partie importante de leurs gains depuis leurs plus hauts.
Il reste un potentiel sur les banques 
Les valeurs de défense n'ont pas nécessairement intégré la totalité des effets à moyen terme 
Y a-t-il des biais géographiques ou sectoriels marqués dans votre allocation pour 2026 ?
Nous ne cherchons pas à opposer frontalement l’Europe et les États-Unis.
Nous ne cherchons pas à opposer frontalement l’Europe et les États-Unis 
Le Japon suit une trajectoire de croissance qui devient plus robuste, avec des réformes structurelles, une amélioration de la gouvernance des entreprises et une politique monétaire en transition qui peuvent soutenir les marchés.
Nous regardons avec un intérêt particulier : l’Asie, et plus précisément le Japon et la Chine 
De son côté, la Chine, malgré des inquiétudes récurrentes sur l’immobilier, la régulation ou les relations extérieures, dispose d’un potentiel considérable dans la technologie, les services numériques, les énergies nouvelles et l’industrie de pointe.
Les valeurs technologiques chinoises se paient aujourd’hui avec une décote importante par rapport à leurs équivalentes américaines 
Sur le plan sectoriel, nous restons attentifs à quelques grandes thématiques : les banques et la défense en Europe, les relais de croissance hors méga capitalisations technologiques aux États-Unis, ainsi que la technologie en Asie, qui combine, de notre point de vue, potentiel d’innovation et valorisations encore raisonnables dans certains segments.
Quels sont, selon vous, les principaux risques à surveiller en 2026 ?
Trois grands sujets de risque se détachent. Le premier concerne le marché de l’emploi américain.
Trois grands sujets de risque se détachent. Le premier concerne le marché de l’emploi américain 
Le deuxième touche à l’indépendance de la Réserve fédérale.
Le deuxième touche à l’indépendance de la Réserve fédérale 
Le troisième, enfin, est d’ordre géopolitique. Les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient ont, jusqu’à présent, eu un impact économique et financier relativement limité. Les marchés sont presque devenus indifférents à des événements pourtant graves, comme des bombardements ou des tensions militaires répétées. Cette indifférence apparente est troublante, car elle ne peut pas durer indéfiniment. À plus long terme, la question de Taïwan reste un point de tension majeur, qu’il s’agisse d’une pression politique accrue ou d’un scénario plus extrême.
Le troisième, est d’ordre géopolitique 
AVERTISSEMENT Cet article ne doit en aucun cas s'apparenter à une recommandation d'acheter, de vendre ou de continuer à détenir un investissement. Il n’a aucune valeur contractuelle et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Les valeurs citées sont données uniquement à titre d’exemple.
Ni Easybourse ni Ofi Invest Asset Management ne sauraient être tenus responsables d'une décision d'investissement ou de désinvestissement sur la base de cet article. Le placement en bourse est soumis aux fluctuations et aux aléas des marchés financiers. Il comporte un risque de perte en capital.
Les performances passées ne préjugent pas des performances à venir. Elles ne sont pas constantes dans le temps et ne constituent en rien une garantie de performances à venir.
Imen Hazgui
Imen Hazgui
Perspectives 2026 : des risques identifiés, mais pas encore pleinement intégrés dans les cours de bourse