(Zonebourse.com) - 2CRSi s'est imposée comme l'un des dossiers les plus visibles du segment IA en France. La société, fragile financièrement pendant plusieurs années, surfe désormais la vague en parvenant à contrôler ses coûts. Pas évident face à l'explosion du chiffre d'affaires sur les dix dernières années.
L'action, après avoir marqué le coup depuis le milieu de l'été, a démarré 2026 en trombe. Dans un univers dominé par Nvidia, fournisseur emblématique des "pelles et des pioches" de la ruée vers l'or de l'IA, d'autres acteurs hardware ont rapidement capté l'attention des investisseurs. De Super Micro Computer, coqueluche initiale des marchés, aux acteurs des puces-mémoire depuis quelque temps, en passant par toute la palette sectorielle (Broadcom, ASML, Dell, Intel.
..). A défaut de véritables champions français du secteur, Paris peut néanmoins compter sur quelques acteurs de niche. Peu nombreux, mais 2CRSi en faisait clairement partie.Depuis la fin 2023, la société alsacienne apparaît comme l'entreprise cotée française la mieux exposée à la vague IA, malgré une taille encore modeste. Longtemps restée dans un relatif anonymat, 2CRSi a changé de dimension avec l'irruption de ChatGPT et l'accélération brutale des investissements dans les data centers.
Le titre a quitté son statut de penny stock à l'automne 2023, passant de 0,73 EUR à près de 5 EUR en quelques semaines. Elle cote désormais un peu plus de 17 EUR.Ces derniers trimestres, chaque annonce de contrat a donné lieu à des accès de fièvre boursière, propulsant régulièrement la valeur en tête des hausses parisiennes, dans un marché souvent en manque de récits porteurs.Ce regain d'intérêt n'a pas été uniquement spéculatif. Chez Portzamparc, l'analyste Maxence Dhoury estimait, il y a un moment déjà que le dossier n'avait pas encore livré tout son potentiel.
Certes, 2CRSi était sous surveillance, parce que la société avait longtemps végété financièrement. Mais à mesure que les investissements dans les data centers se sont accélérés, le levier inespéré dont disposait l'entreprise s'est renforcé.Au début de l'année 2025, nous avions demandé au directeur général et cofondateur, Alain Wilmouth, de nous expliquer le modèle économique de sa société. Nous vous livrons ici la synthèse de sa présentation :Qui est 2CRSi ?Fondée à Strasbourg il y a une vingtaine d'années, 2CRSi réalise la majeure partie de son chiffre d'affaires hors de France (85% en Amérique du Nord en 2024/2025).
Coté depuis 2018, le groupe s'est spécialisé dans les serveurs informatiques haute performance, conçus sur mesure pour des usages exigeants, notamment en intelligence artificielle et en calcul haute performance (HPC).A rebours des géants du secteur comme HP ou Dell, qui privilégient des catalogues standardisés, 2CRSi mise sur des solutions personnalisées intégrant conseil, conception, recherche et services. L'entreprise met en avant une promesse clé : réduire fortement la consommation énergétique des serveurs, de 23 à 51% selon les modèles, afin d'abaisser les coûts d'exploitation. Parmi ses références, figuraient historiquement Dassault Aviation, Airbus, le Département de la Défense américain ou encore BNP Paribas.
Actuellement, son modèle phare est le serveur IA Godì 1.8.2CRSi se positionne sur un segment spécifique du marché mondial des serveurs, celui des data centers à refroidissement liquide, évalué à environ 5 milliards de dollars, avec une croissance annuelle attendue de 25% jusqu'en 2029.Portée par l'essor du cloud, de l'IA et du HPC, la demande se concentrait sur des technologies capables de remplacer le refroidissement à air, devenu trop énergivore. Les solutions de refroidissement direct par liquide ou par immersion développées par 2CRSi répondaient précisément à cette contrainte.Cette niche à forte valeur ajoutée devait permettre au groupe de viser une marge brute supérieure à 20%, grâce à la montée en puissance de produits propriétaires et de prestations de services autour des infrastructures.
Un compte de résultats en ébullitionLes revenus de l'exercice clos au 30 juin 2025 atteignaient 220,8 millions d'euros. L'objectif affiché pour l'exercice suivant était de 300 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec 12% de marge d'EBITDA, soit environ 36 millions d'euros. A titre de comparaison, 2CRSi avait bouclé l'exercice 2019/2020 avec 82 millions d'euros de chiffre d'affaires et 1,4 million d'euros d'EBITDA, ce qui donne la mesure du changement d'échelle en cours.Les résultats du premier semestre fiscal, publiés fin janvier, ont plus que validé les objectifs annuels. Le chiffre d'affaires est déjà de 198 MEUR à mi-exercice. Le groupe a fait savoir que le niveau de 300 MEUR sera dépassé (le "consensus" limité à 3 analystes table sur 441 MEUR). Ce sera aussi le cas pour l'EBITDA. C'était "une évidence pour le chiffre d'affaires, mais des doutes étaient encore permis sur l'EBITDA", note Maxence Dhoury dans sa mise à jour du 30 janvier dernier.
La société affichait une trésorerie brute de 9 MEUR en fin de période, ce qui rassure par rapport à sa fragilité bilancielle structurelle passée et renforce l'engagement de ne pas recourir au marché pour financer la croissance.L'action 2CRSi flambe de 51% depuis le 1er janvier. Elle sort de deux exercices exceptionnels ( 189% en 2025 et 164% en 2024), portée par une narration positive et confirmant son statut de valeur la plus étroitement liée à l'IA de la cote parisienne. Sa valorisation reste modérée en dépit des gains récents, au regard de certains acteurs de l'IA, car elle reflète un historique de résultats inégaux et des niveaux de marge relativement faibles. Le principal défi de l'entreprise est de gérer l'afflux de chiffre d'affaires sans dégrader cette rentabilité fragile. Les objectifs des trois analystes qui suivent le dossier sont actuellement de 16 EUR, 17 EUR et 22,70 EUR.Copyright (c) 2026 Zonebourse.com - All rights reserved.