Les pays en développement doivent mieux cibler leur politique industrielle, dit la Banque mondiale
par Colleen Goko
JOHANNESBURG, 17 mars (Reuters) - Les pays en développement mènent une politique industrielle ?plus offensive que les nations riches, mais beaucoup d'entre eux s'appuient trop sur des mesures peu nuancées, telles que les droits de douane ?et les subventions, qui ont peu de chances d'être efficaces, a averti la Banque mondiale dans un rapport publié mardi.
Les gouvernements soutiennent depuis longtemps la politique industrielle, utilisant des outils publics pour orienter la production plutôt que de s'en remettre uniquement aux marchés, a déclaré Indermit Gill, ?économiste en chef de la Banque mondiale, dans une préface.
"L'année dernière, 80% des économistes nationaux de la Banque mondiale ont indiqué que les gouvernements clients sollicitaient leurs conseils sur la ?manière d'utiliser plus efficacement la politique industrielle", a écrit Indermit Gill dans ?ce rapport sur les stratégies mises en ?uvre dans 183 pays.
Le rapport révèle que les économies en développement appliquent des politiques ?industrielles de manière plus intensive que les pays à revenu élevé, les pays à faible revenu ciblant en moyenne 13 secteurs pour leur croissance, soit plus du double des pays plus riches, selon les auteurs Ana Margarida ?Fernandes et Tristan Reed.
ESCALADE DES TENSIONS COMMERCIALES MONDIALES
Ce ?rapport paraît alors que les tensions commerciales mondiales s?intensifient, les gouvernements, des États-Unis à la Chine, ?recourant de plus en plus à des mesures protectionnistes pour protéger leurs industries stratégiques, ce qui alimente les débats sur la meilleure façon de favoriser l?emploi, les exportations et le développement économique.
Il marque également un revirement par rapport à la position de la Banque mondiale formulée il ?y a une trentaine d'années, ?qui affirmait aux gouvernements que la politique industrielle était généralement un "échec coûteux", a dit Indermit Gill.
"Ce conseil a mal ?vieilli ? il a aujourd?hui autant de valeur pratique qu?une disquette", selon Indermit Gill.
Il a toutefois souligné que si la politique industrielle peut être ?un outil viable, sa mise en ?uvre est souvent défaillante.
"Les gouvernements ont généralement recours à des instruments brutaux, préférant ?le marteau des droits de douane et des subventions généralisés au scalpel des parcs industriels et ?des programmes de développement des compétences", ?a-t-il déclaré.
Le rapport révèle que les économies à faible revenu imposent les taux tarifaires moyens les plus élevés sur les importations, à 12%, ?contre 5% dans les pays à revenu élevé. Si les droits de douane ?peuvent protéger les industries naissantes sur des marchés dotés d?une forte capacité étatique et d?une flexibilité budgétaire, de nombreux États plus pauvres manquent de ressources pour absorber ?les coûts associés.
"Tous les pays auraient intérêt à adopter une approche plus pragmatique et plus précise", a déclaré Indermit Gill.
Parmi les exemples de politiques industrielles ciblées et couronnées de succès, on peut citer la Roumanie, qui a stimulé son industrie du logiciel grâce à des ?exonérations fiscales sur les salaires, le Brésil, dont les investissements dans la recherche adaptée à l?agriculture locale ont soutenu son émergence en tant que puissance agricole, et la Corée du Sud, dont l?accent mis dans les années 1970 sur les industries lourdes et chimiques a contribué à la croissance à long terme du PIB.
En revanche, les subventions générales ont représenté en moyenne 4,2% du PIB dans les pays à revenu intermédiaire supérieur, un niveau record, reflétant une dépendance croissante à l'égard des incitations fiscales dans certaines économies.
(Rédigé par Colleen Goko, Mara Vîlcu pour ?la version française, édité par Blandine Hénault)