Le conflit au Moyen-Orient plombe les Bourses et fait s'envoler les taux

Publié le 20 Mars 2026

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Le conflit au Moyen-Orient plombe les Bourses et fait s'envoler les taux

Le conflit au Moyen-Orient plombe les Bourses et fait s'envoler les taux

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par Blandine Henault

PARIS, 20 mars (Reuters) - Les Bourses européennes ont terminé en nette baisse vendredi à l'issue d'une semaine intense marquée par ?une envolée des prix de l'énergie liée au conflit au Moyen-Orient, ce qui alimente les craintes inflationnistes et provoque un recalibrage des anticipations de politique monétaire des grandes banques centrales à travers le monde - poussant les rendements obligataires souverains ?à la hausse.

À Paris, le CAC 40 a terminé en baisse de 1,82% à 7.665,62 points. Le Footsie britannique a cédé 1,44% et le Dax allemand 2,01%.

L'indice EuroStoxx 50 a perdu 2%, le FTSEurofirst 300 a plié de 1,75% et le Stoxx 600 de 1,78%.

Sur l'ensemble de la semaine, le CAC 40 accuse un repli de 3,1%, sa troisième baisse hebdomadaire d'affilée. Le Stoxx 600 a perdu 3,79%.

La guerre menée depuis fin février par les États-Unis ?et Israël contre la République islamique a franchi une nouvelle étape cette semaine avec des frappes iraniennes sur les installations énergétiques des pays du Golfe, notamment sur un site crucial de GNL au Qatar - des représailles à l'attaque la veille d'Israël sur le gisement de gaz iranien de South Pars.

Vendredi, l'Iran ?a attaqué une raffinerie de pétrole au Koweït et Israël a tué un porte-parole des Gardiens de la révolution, ?rien ne laissant ainsi présager d'une fin prochaine du conflit.

Conséquence, les prix du gaz en Europe se sont envolés avec les cours du pétrole, le Brent étant installé désormais bien au-dessus des 100 dollars ?le baril.

Parallèlement, une série de banques centrales ont tenu ces derniers jours leur réunion de politique monétaire. Si la Réserve fédérale (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont maintenu le statu quo sur leurs taux, la perspective d'un biais restrictif sur la politique monétaire a dominé les rendez-vous des banquiers centraux sur fond de craintes inflationnistes liées à l'envolée des prix ?de l'énergie.

Pour la Fed, la perspective d'une baisse des taux cette année - pourtant réclamée ?par le président américain Donald Trump - semble s'éloigner tandis que, selon des sources à Reuters, la BCE pourrait commencer à discuter d'une hausse des taux en ?avril et éventuellement resserrer sa politique monétaire lors de la réunion de juin.

Le recalibrage des anticipations inflationnistes et de la trajectoire des politiques monétaires met sous tension les marchés obligataires souverains, avec un bond de l'ordre de 10 points de base ce vendredi des taux à 10 ans aux Etats-Unis comme en Europe.

"Cette combinaison [d'une correction sur les actions et d'une hausse des taux, NDLR] confirme que le marché ne 'price' pas une récession, mais un choc d?offre inflationniste", ?constate Arthur Jurus, responsable de l?investissement chez Oddo ?BHF Switzerland.

"Le point clé est que ce choc intervient dans un environnement macro encore solide, avec une croissance autour de 2% et des bénéfices en progression à deux chiffres aux ?États-Unis. Nous sommes donc dans un régime de tension, pas de rupture", ajoute-t-il.

TAUX

Le rendement des Treasuries à dix ans grimpe de près de neuf points de base, à 4,3771%. Le taux à deux ans, plus sensible aux fluctuations ?des anticipations de politique monétaire, prend cinq points de base, à 3,8853%.

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le 28 février, le taux américain à dix ans s'est envolé de 41 points de ?base.

Même tension en Europe où le rendement du Bund allemand à dix ans, référence pour la zone euro, a pris vendredi huit points de base, ?à 3,038%. Depuis le 28 février, il a bondi de ?38 points de base.

A 3,7565% vendredi (+11 points de base), le taux de l'OAT française à dix ans affiche un bond de 54 points de base depuis le début du conflit.

PÉTROLE / GAZ

Les cours du pétrole continuent de monter, les ?spéculations autour d'un envoi additionnel de troupes américaines au Moyen-Orient alimentant les tensions autour du conflit dans la région.

Le baril ?de Brent prend 1,1% à 109,84 dollars après un pic à plus de 119 dollars la veille. Celui du brut léger américain (WTI) gagne 3% à 98,99 dollars.

Les analystes estiment que les prix resteront élevés tant que le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20% de ?la production mondiale de pétrole et de GNL, sera fermé. Les dommages sur les sites énergétiques des pays du Golfe limitent également les perspectives d'une baisse.

"Un retournement rapide des prix de l'énergie est peu probable car la production a subi des dommages", observe Ole Hansen, responsable de la stratégie des matières premières chez Saxo Bank.

Sur le marché gazier, le contrat à terme néerlandais sur le hub TTF, référence des prix du gaz pour l'Europe, recule de ?3,7% à 59,53 euros par mégawattheure (MWh), après avoir atteint la veille 74 euros, son plus haut niveau depuis janvier 2023.

VALEURS EN EUROPE

L'envolée des rendements obligataires a pesé sur les secteurs européens de l'immobilier (-2,34%) et de la technologie (-2,4%).

A Londres, Unilever a gagné 0,47% après avoir annoncé mener des discussions avec la société américaine McCormick & Company en vue de lui vendre son activité agroalimentaire.

A WALL STREET

A l'heure de la clôture en Europe, la Bourse de New York s'affiche en net repli. L'indice Dow Jones abandonne 0,4%, le S&P 500 perd 0,9% et le Nasdaq, à forte composante technologique, lâche 1,3%.

CHANGES

Le dollar se renforce face à un panier de devises de référence mais reste en passe d'accuser un repli hebdomadaire, alors que les investisseurs réduisent leurs anticipations de baisse des taux pour la Fed face à la perspective d'une recrudescence de l'inflation.

L'euro recule de 0,25% face au billet vert, à 1,1560 dollar.

A SUIVRE LUNDI:

(Rédigé par ?Blandine Hénault avec les bureaux de Reuters, édité par Benoit Van Overstraeten)

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