Etats-Unis: Le S&P 500 s'achemine vers son pire trimestre depuis 2022
par Chibuike Oguh
NEW YORK, 31 mars (Reuters) - L'indice boursier américain S&P 500 s'apprête ce ?mardi à boucler son pire trimestre en quatre ans, reflet de la prudence des investisseurs quant à une résurgence de l'inflation, aux incertitudes au ?Moyen-Orient et à l'impact de l'intelligence artificielle (IA).
L'indice de référence des 500 plus grandes sociétés cotées aux Etats-Unis devrait chuter d'environ 7% au premier trimestre 2026, sa pire performance depuis 2022, année où il avait été fortement chahuté par le conflit russo-ukrainien et les répercussions de la pandémie ?de COVID-19.
L'inquiétude des investisseurs s'est accrue ces dernières semaines avec la hausse des rendements des obligations du Trésor américain, après une période de stabilité au début du premier trimestre. Les ?investisseurs, qui anticipaient encore en début d'année une baisse des taux directeurs, ?sont désormais hésitants, redoutant un resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) pour contenir tout retour de l'inflation ?avec la hausse des prix de l'énergie.
Le rendement des obligations américaines à 10 ans a chuté lundi de 10,4 points de base pour s'établir à 4,336%, après avoir frôlé la semaine dernière les 4,50%, une première depuis le ?début de l'année. Les ETF qui suivent la ?dette du Trésor américain à long terme sont, quant à eux, en baisse d'environ 1% depuis ?le début de l'année.
"Cette année, les interrogations sur l'évolution des taux d'intérêt se sont multipliées", souligne Matt Orton, chef stratège marchés chez Raymond James.
"L'inflation a constitué un frein, plus encore qu'au cours des dernières années, alimentant les interrogations quant à l'impact de la hausse des prix de ?l'énergie sur l'économie américaine et mondiale", ?poursuit-il.
Les craintes des investisseurs concernant d'éventuels bouleversements dans le secteur des logiciels avec l'essor de l'IA et le ?montant vertigineux des dépenses consacrées à cette technologie ont contribué au repli significatif de la "tech" depuis le début de l'année.
L'ensemble des entreprises composant ?le groupe des "Sept magnifiques" (MAG-7) ? Nvidia, Apple, Alphabet, Meta, Microsoft, Amazon et Tesla - sont en baisse en Bourse sur le trimestre. ?Microsoft et Tesla affichent même des pertes supérieures à 20%.
"Le récit sur le bouleversement de l'IA ?a commencé à affecter les valeurs ?du MAG-7, puis s'est étendu aux valeurs financières et de cybersécurité", explique Chris Galipeau, stratège marchés chez Franklin Templeton Institute.
Les craintes sur le marché ?du crédit privé se sont également propagées aux marchés actions, plusieurs grands ?fonds plafonnant les retraits, ce qui, pour certains observateurs, convoquait le souvenir des débuts de la crise financière de 2008.
"Avant la guerre, les deux principaux enjeux du marché ?étaient le bouleversement lié à l'IA et le crédit privé", rappelle James Ragan, codirecteur des investissements chez DA Davidson, notant que cette menace reste présente.
"Les sociétés de capital-risque sont les plus exposées, et les banques le sont également, mais nous ne comprenons pas encore pleinement ?leur exposition. On s'attend à des pertes sur ces marchés du crédit", poursuit-il.
Les droits de douane imposés par le président américain Donald Trump contre les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis a également été une source majeure de volatilité des marchés, note pour sa part Bill Strazzullo, chef stratège marchés chez Bell Curve Trading.
"Nous sommes dans un processus majeur sur le marché et nous n'en sommes qu'aux prémices. On ne devrait pas songer à acheter. On devrait se concentrer sur la préservation de ses gains", a-t-il mis en garde.
(Reportage Chibuike Oguh à New York; version ?française Claude Chendjou, édité par Augustin Turpin)