Grande-Bretagne: L'IA fait peser des risques croissants sur la stabilité financière, selon la BoE
par David Milliken et Phoebe Seers
LONDRES, 7 juillet (Reuters) - L'essor de l'intelligence artificielle (IA) représente ?une menace croissante pour la stabilité financière du Royaume-Uni, prévient mardi la Banque d'Angleterre (BoE), alors que les investisseurs parient massivement sur le ?succès de cette technologie qui accroît néanmoins la vulnérabilité des banques commerciales.
Dans son nouveau rapport semestrielle sur la stabilité financière, qui évalue les risques pesant sur le système financier britannique, la BoE indique que les menaces qu'elle a précédemment identifiés ? valorisations boursières excessives, dette ?publique élevée et prêts privés à risque accordés aux entreprises ? n'ont pas disparu.
Outre ces menaces, elle souligne de nouveaux risques liés aux investisseurs (notamment les fonds spéculatifs) qui s'endettent ?pour acheter des actions, aux entreprises du secteur de l'IA qui ?empruntent massivement pour financer leurs investissements, ainsi qu'à la croissance rapide du potentiel de nuisance de l'IA.
La banque centrale britannique ?note toutefois que le système bancaire du pays reste résilient et formule des propositions visant à permettre aux banques de réduire plus facilement le montant de leurs fonds propres afin de préserver le volume des ?prêts dédiés à l'économie.
La BoE estime par ?ailleurs qu'il faudrait une adoption généralisée et rentable de l'IA, un déploiement efficace de nouvelles infrastructures ?et un accès aisé à son financement afin que les paris spectaculaires des investisseurs sur cette technologie portent leurs fruits.
"Une réévaluation de ces perspectives pourrait déclencher une chute des cours boursiers, qui pourrait être amplifiée par une forte concentration, des positions corrélées et ?axées sur cette dynamique, susceptibles ?d'exacerber une volatilité en cas de baisse des marchés, ainsi qu'un effet de levier accru", écrit la BoE.
"Les ?considérations relatives au potentiel de gains futurs des entreprises liées à l'IA seront également pertinentes quant à la viabilité de la ?dette de ces entreprises", ajoute la BoE, soulignant qu'un manque de transparence sur leurs modalités d'emprunt pourrait aggraver ?une éventuelle crise.
Les autorités de régulation à travers le monde ont décidé d'entreprendre une réflexion approfondie ?sur l'impact de l'IA, allant ?des risques de cyberattaque aux opérationnels associés aux modèles d'IA avancés comme "Mythos" d'Anthropic, ou encore aux défis posés par les systèmes agentiques ?capables de prendre des décisions à la place des êtres humains.
La ?vice-gouverneure de la BoE, Sarah Breeden, a jugé fin juin qu'il était nécessaire de parvenir à une réglementation sur mesure en matière d'IA afin de maîtriser ?les risques posés par des systèmes agentiques de plus en plus performants.
"Nos cadres réglementaires n'ont pas été conçus pour prendre en compte des agents autonomes, et il est peu réaliste de compter sur une intervention humaine pour toutes les actions de ces ?agents", avait-elle déclaré.
La BoE note par ailleurs dans son nouveau rapport qu'il est difficile de déterminer si une IA plus performante serait à même de renforcer les moyens dont disposent les "hackers" ou les outils de ceux cherchant à prémunir les systèmes financiers d'éventuelles attaques.
La Banque centrale souligne que dans tous les cas de figure cela devra nécessiter des mises à jour logicielles plus fréquentes de la part des établissements financiers, ce qui en soi constitue un risque de perturbation opérationnelle.
(Reportage David Milliken et Phoebe Seers; version française ?Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)