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Interview de Stephane DEO :  Stratégiste au sein de La Banque Postale Asset Management

Stephane DEO

Stratégiste au sein de La Banque Postale Asset Management

Un rallye de fin d'année, concentré sur le segment des titres décotés, parait plausible

Publié le 29 Octobre 2019


Quel regard portez-vous sur l’évolution des marchés financiers depuis le début de l’année ?

Les performances délivrées par les différentes classes d’actifs financiers à ce stade de l’année sont spectaculaires et inattendues. Les indices Cac 40 et Eurostoxx 50 sont, par exemple, en hausse de plus de 20% depuis le 1er janvier.

Il est vrai qu’une large partie du rallye est venue compenser la forte baisse survenue au quatrième trimestre 2018. Il n’en demeure pas moins que début 2019, pratiquement personne ne tablait sur un tel parcours.

Au-delà du marché boursier, les mouvements ont également été impressionnants sur le marché des taux. Nul ne soupçonnait que les taux à dix ans allemands tomberaient à -0,6% et les taux à dix ans français à -0,25%.

Nous escomptions, pour notre part, des variations bien moins marquées.

A ce stade, voyez vous une correction se profiler à l’horizon ?

Si nous tablons sur un scénario de croissance plutôt médiocre sur la seconde partie de l’année 2019 ; pour autant, nous ne voyons pas de récession à court terme qui justifierait un retournement brutal des marchés financiers.

Ce d’autant plus que les grandes Banques centrales ont vocation à demeurer extrêmement accommodantes avec une BCE qui est décidée à implémenter un package de mesures ambitieuses, une Fed qui s’inscrit dans une démarche de baisse des taux directeurs.

Quelle lecture faites-vous du mouvement baissier survenu au début du mois d’octobre ?
Nous pouvons relever que les entreprises les plus exposées au cycle d’investissement et à la croissance européenne ont plutôt bien résisté. Les titres décotés n’ont pas été massacrées. Il n’y a pas eu de forte différenciation entre les secteurs. La baisse a été relativement homogène.

Cela nous incite à penser que cette petite secousse n’est pas un signe avant-coureur d’un changement de vue fondamental, plus précisément d’une anticipation d’une dégradation drastique de la conjoncture économique à brève échéance.

A mon sens, nous avons davantage assisté à une correction technique qui s’est d’ailleurs vite résorbée.

Que voulez-vous dire ?
Je pense qu’il y a eu des réallocations de portefeuilles pour sécuriser les prises de bénéfices et laisser plus de place au cash en vue d’un nouveau repositionnement. Nous avons, qui plus est, eu une recrudescence du trading systématique.

A quelle suite des événements vous attendez-vous pour la fin de l’année ?

Le plus probable est que nous continuons à avoir des marchés sans grande tendance marquée, avec une volatilité autour d’un niveau d’équilibre.

En cela, il est intéressant de noter que l’essentiel de la performance sur les bourses européennes a été générée au cours du premier trimestre.
Si nous ne percevons pas de raisons pour avoir une vive correction, il nous est également difficile de voir des catalyseurs forts pour alimenter une seconde phase de vive expansion.

Ce d’autant plus que les résultats des entreprises devraient montrer des profits en progression à un rythme extrêmement lent.

Quel vous semble le niveau d’équilibre à considérer ?
En ce qui concerne le Cac 40, l’indice phare de la place parisienne fluctue entre 5200 et 5600 points depuis début mars. Cela nous donne un niveau d’équilibre autour de 5400 points.

D’aucuns estiment qu’un rallye de fin d’année n’est pas à exclure car la bonne performance des marchés boursiers s’est faite avec la participation de peu d’investisseurs qui pourraient avoir envie de se rattraper.

Qu’en pensez-vous ?
Ce rallye va beaucoup dépendre des déclarations des entreprises à l’occasion des annonces de leurs résultats. Lors de la publication des chiffres du deuxième trimestre, une certaine prudence a été affichée par de nombreux managements en raison d’un manque de visibilité.

Si les entreprises persistent à avoir un discours selon lequel il y a des zones d’ombre mais pas de grande inquiétude qui nécessite une violente baisse des dépenses en investissement et des destructions d’emplois, un rallye parait plausible.

Il pourrait être concentré sur le segment des titres décotés. Si les PE pris globalement sont proches de leur moyenne historique- il y a une différenciation très forte entre les secteurs. Les écarts de performances sont considérables. Certains segments de marché complètement délaissés car jugés risqués sont réellement très peu chers. Il n’est pas impensable que des investisseurs décident de s’y exposer en ce disant que le pricing est beaucoup trop bas.

Qu’est ce qui pourrait encourager ce repositionnement ?

S’il y a plus de visibilité sur le front macroéconomique, microéconomique et politique, la prime de risque qui s’est constituée à la suite d’un pessimisme exacerbé pourrait quelque peu dégonfler et entrainer un sursaut.

Peut-on admettre en conséquence qu’il est plus probable d’avoir un rallye de fin d’année qu’une vive correction sur les marchés ?
C’est ce que nous pouvons supposer à partir des éléments dont nous disposons actuellement.

Quelle est votre allocation en conséquence ?
Nous sommes surtout exposés au crédit européen pour l’instant. Le portage nous parait encore intéressant sur les obligations d’entreprises de bonne qualité, dites « investment grade » autour de 2%. La politique monétaire de la BCE devrait en outre permettre un rétrécissement des spreads supplémentaire dans ce compartiment.

Quels sont les risques les plus importants à surveiller pour les semaines à venir ?
Une mauvaise nouvelle politique provenant de l’Iran, de la guerre commerciale sino-américaine, du Royaume-Uni avec le Brexit.
Une autre menace réside dans un effet de contagion de la récession concrétisée dans le secteur manufacturier sur le secteur des services. Les indices composites sont de ce fait à surveiller de près.


Imen Hazgui