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Interview de Olivier FAHY : Fondateur et PDG du groupe Berkem

Olivier FAHY

Fondateur et PDG du groupe Berkem

Intégrer la chimie du végétal au coeur de notre quotidien

Publié le 26 Novembre 2021

Pourriez-vous s’il vous plaît nous présenter votre entreprise en quelques mots ?

Le groupe Berkem est un acteur majeur de l’un des domaines à enjeux actuels : rendre plus verte la chimie du quotidien. Concrètement, notre activité repose sur l’extraction végétale, la formulation de solutions de traitement et la production de résines alkydes employées notamment dans les encres d’imprimerie. Nous travaillons dans le domaine de la formulation depuis 1964, et sur nos propres produits depuis 2001. À ce jour, l’entreprise compte 175 collaborateurs répartis sur quatre sites différents en France. Depuis 2020, nous sommes entrés dans une phase de croissance forte basée sur la valorisation de nos solutions biosourcées.

Justement, pourriez-vous nous décrire plus précisément le cœur de votre activité ?

Le groupe Berkem est construit sur trois piliers et un modèle totalement intégré. L’extraction végétale tout d’abord, qui nous amène à traiter environ 5 000 tonnes de végétaux secs par an, soit 30 000 tonnes de produits frais. Nous en tirons, après un sourcing rigoureux des matières premières, des extraits végétaux de haute qualité destinés à des applications dans l’alimentation, la boisson et les cosmétiques. Deuxième domaine : nous proposons des formulations riches en produits biosourcés, notamment dans le cadre de la lutte antiparasitaire, des peintures et de la préservation du bois. Dernier champ d’activité, nous fournissons aux acteurs du marché des molécules chimiques de spécialité biosourcées agissant comme des suractivateurs.

Vous parlez d’une structure intégrée. Sous quelle forme ?

Toute la chaîne de valeur est en effet internalisée. On y retrouve les différents métiers stratégiques à notre activité : le sourcing des matières premières, la recherche & développement réalisée en partenariat avec des facultés dont nous achetons les résultats, le suivi de la réglementation, service clé qui nous permet même parfois d’accompagner certains de nos clients, le contrôle qualité, un outil industriel de pointe, agile et adaptable. Sans oublier, pour finir, notre propre service commercial pour garder la pleine maîtrise de la façon dont nous vendons nos produits sans risquer de les dévaloriser.

En quoi la problématique écologique touche-t-elle au cœur de votre activité ?

Au fil de mon histoire avec Berkem, commencée il y a vingt-six ans, je me suis longtemps heurté à une grande suspicion du monde industriel envers la chimie végétale : ses performances seraient-elles comparables à celles des produits chimiques issus de la filière pétrolière ? Aujourd’hui, cette méfiance n’existe plus car nos produits ont largement fait la preuve de leur efficacité. Le vaste mouvement de prise de conscience publique joue aussi beaucoup dans le contexte actuel. En effet, 87 % des consommateurs se disent favorables à la consommation de produits biosourcés dans leurs produits du quotidien. Un terrain d’engagement efficace qui s’inscrit naturellement dans l’objectif de neutralité carbone décidé par l’Union Européenne pour 2050.

Assiste-t-on du coup sur ce terrain à une évolution de la réglementation ?

Très nettement, oui. Elle contribue à nous placer en solution de recours pour de nombreux industriels dont les produits intègrent des substances chimiques qui ne seront bientôt plus autorisées en Europe. Car c’est un fait : ces substances ne s’adaptent pas assez rapidement pour faire face à l’urgence des problématiques environnementales actuelles. Par nécessité ou par conviction, de grands acteurs du marché se tournent donc vers nous pour trouver des alternatives et pouvoir continuer à exploiter leurs produits.

Quelle est la dynamique des marchés sur lesquels vous évoluez ?

Nous estimons qu’en 2022, 12 % des produits chimiques seront biosourcés. Ils représentaient 10 % en 2018, en croissance forte et régulière. L’aspect gigantesque de ce terrain de jeu, qui devrait peser 32 milliards de dollars en 2028, recouvre les secteurs d’application très divers dont j’ai déjà parlé, parmi lesquels le groupe Berkem se focalisera sur l’atteignable : des marchés à forte ou très forte valeur ajoutée que l’on connaît bien et où nous sommes forts et crédibles.

Le groupe Berkem est-il présent à l’international ?

Nous y avons en effet réalisé 28,5 % de notre chiffre d’affaires en 2020 et détenons à ce jour 145 autorisations de mise sur le marché obtenues ou en cours d’obtention. Notre champ d’activité favori est d’abord l’hexagone, mais nous nous déployons aussi dans la plupart des pays européens où la réglementation est identique. Dans le même temps, nous avons cependant réalisé déjà du chiffre d’affaires dans d’autres parties du globe comme l’Amérique du Nord, le Brésil, l’Inde, la Chine ou l’Océanie. Notre stratégie à long terme étant bien sûr de renforcer notre présence à l’international.

Qu’avez-vous que vos concurrents n’ont pas ?

Nous nous positionnons tout simplement parmi les acteurs les plus avancés de la chimie verte, avec des principes actifs hautement caractérisés. Et nous attachons de plus une grande importante à le faire savoir et à valider nos solutions par des études cliniques. Par ailleurs, nous continuons à investir fortement pour accroître notre portefeuille de solutions, en innovant de plus en plus au contact d’acteurs de premier plan. Dans notre activité de formulation, nous avons activé la transition de notre portefeuille vers des solutions biosourcées à forte valeur ajoutée. L’exemple actuel étant la forte demande de la part des industriels des biocides, soucieux d’utiliser des produits à moindres conséquences écologiques, ou le domaine d’application stratégique de demain pour les résines alkydes que représente l’impression 3D. Nos produits concernant la préservation du bois et les solutions suractivées portent la même empreinte différenciante : aussi efficaces, mais économiques et plus sains.

Dans une entreprise comme la vôtre fortement portée sur l’écologie, quid de la démarche RSE ?

C’est l’une de nos fiertés légitimes de voir que, manifestement, il fait bon travailler dans le groupe Berkem. Notre évaluation générale effectuée par EthiFinance et Gaïa nous octroie une note de 73 quand la note moyenne de l’industrie est à 37. Et, dans un domaine qui a beaucoup d’importance pour nous, la note attribuée pour l’environnement s’élève à 82 pour une moyenne du secteur à 22 !

Quels sont les leviers de croissance actuels sur lesquels peut s’appuyer le groupe Berkem ?

En 2020, nous comptions un portefeuille de 1600 clients d’une ancienneté moyenne de 8 ans, et dont 38 généraient un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros. C’est dire que la base de notre activité est solide, appuyée sur la confiance de partenaires fiables. Notre chiffre d’affaires 2020 a atteint 40,6 millions d’euros, pour une marge d’Ebitda de 19,0 % en croissance de 39,9 %. Au premier semestre 2021, nous avons enregistré un chiffre d’affaires de 25,2 millions d’euros en croissance de 26,5 %. La progression de notre chiffre d’affaires est donc régulière, et plus rapide encore est celle de notre rentabilité car notre marge moyenne est en constante amélioration.

Quelle est la stratégie de croissance qui sous-tend l’IPO que vous lancez ?

Nous anticipons une très forte accélération du besoin pour nos solutions. Dans ce contexte, nous cherchons à renforcer l’innovation produit. Nous visons aussi une adaptation de notre offre vers des solutions biosourcées à la marge plus importante. Autre enjeu fort : l’accompagnement des clients et le renforcement de notre force de vente. Enfin, nous cherchons à nous développer dans de nouvelles zones géographiques et à intégrer le marché français très prometteur de la post-récolte, où la plupart de nos concurrents sont freinés par les nouvelles réglémentations. L’opération que nous lançons vise à financer ces opérations destinées à booster notre croissance organique, mais aussi à rendre possible des acquisitions potentielles en croissance externe et à réduire notre endettement. Nous procédons donc à une augmentation de capital d’environ 38 millions d’euros, extensible jusqu’à 43,7 millions d’euros.

Quelles sont les raisons qui vous rendent confiants en l’avenir du groupe Berkem ?

Dans un contexte d’urgence écologique qui rend le recours à la chimie verte essentiel, nous représentons une solution mature et dérisquée, dotée d’un outil industriel parfaitement opérationnel et déjà financé. L’accélération de notre chiffre d’affaires est inéluctable, puisque nous visons au moins 65 millions d’euros de chiffre d’affaires en croissance organique en 2024, et 85 millions en incluant les acquisitions. La question est donc la suivante : voulez-vous participer à ce déploiement et nous aider à intégrer la chimie du végétal au cœur de la chimie du quotidien ?



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Propos recueillis par Aymeric Jeanson