Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’environnement des marchés financiers, notamment après le “trou d’air” et la phase de reprise récente ?
L’environnement actuel des marchés financiers s’inscrit dans une configuration particulièrement délicate, que l’on peut qualifier de stagflationniste, où se combinent un ralentissement progressif de la croissance et des tensions inflationnistes persistantes.
L’environnement actuel des marchés financiers s’inscrit dans une configuration particulièrement délicate, que l’on peut qualifier de stagflationniste, 
Ce type de régime économique est historiquement complexe à appréhender pour les investisseurs, car il tend à neutraliser les mécanismes classiques de
diversification. Concrètement, on a observé une baisse simultanée des marchés obligataires et des marchés actions, un phénomène relativement rare, qui ne s’était pas manifesté avec une telle intensité depuis 2022. Cette année-là avait déjà marqué un tournant, avec des portefeuilles diversifiés mis en difficulté par une
corrélation inhabituellement élevée entre les différentes classes d’actifs.
Dans ce contexte, les actifs évoluent davantage à l’unisson, ce qui réduit mécaniquement les bénéfices de
diversification.
Pourtant, malgré ce choc initial, les marchés ont montré une capacité de rebond relativement rapide, revenant vers leurs niveaux de début d’année. Ils n’ont toutefois pas retrouvé leurs plus hauts récents, ce qui traduit une forme de prudence persistante.
Il existe un décalage notable entre la réalité géopolitique et la trajectoire des marchés 
Ce rebond peut sembler paradoxal, notamment au regard des tensions géopolitiques toujours présentes, en particulier au Moyen-Orient, qui continuent de peser sur des zones stratégiques, notamment en matière d’approvisionnement énergétique et de routes commerciales. Il existe ainsi un décalage notable entre la réalité géopolitique et la trajectoire des marchés, ce qui peut nourrir l’idée d’un optimisme excessif. Néanmoins, cette résilience s’explique en grande partie par la solidité globale des
fondamentaux économiques et financiers, qui continuent de jouer un rôle d’amortisseur.
Les fondamentaux économiques permettent-ils réellement de justifier cette résistance des marchés ?
Dans une large mesure, oui. Les indicateurs avancés, comme les indices PMI, offrent une lecture assez nuancée de la situation. Leur positionnement autour du seuil des 50 traduit un ralentissement de l’activité, mais pas une contraction brutale. Autrement dit, l’économie mondiale perd en dynamisme, sans pour autant basculer dans une phase de
récession généralisée. Cette distinction est essentielle pour les marchés, qui réagissent davantage aux changements de trajectoire qu’au niveau absolu de croissance.
L’économie mondiale perd en dynamisme, sans pour autant basculer dans une phase de récession 
Les projections macroéconomiques confirment cette lecture. Le
Fonds monétaire international table sur une croissance mondiale de l’ordre de 3,1 %, un niveau qui, sans être exceptionnel, reste robuste dans un environnement aussi incertain. Dans le détail, la zone euro évoluerait autour de 1,1 %, ce qui reflète une croissance modérée, tandis que les États-Unis se maintiendraient au-dessus de 2 %, portés notamment par la consommation et la résilience du marché du travail. Ces niveaux restent incompatibles avec un scénario de
récession globale, et contribuent à soutenir les anticipations des investisseurs.
Un autre élément différenciant réside dans la transformation du mix énergétique mondial 
Un autre élément différenciant par rapport aux épisodes de stagflation passés réside dans la transformation du mix énergétique mondial. Dans les années 70, le pétrole représentait environ 50 % de ce mix, contre moins de 30 % aujourd’hui. Cette évolution réduit mécaniquement la sensibilité de l’économie aux chocs pétroliers. Elle s’accompagne d’une montée en puissance des énergies renouvelables et du nucléaire, mais aussi d’une
diversification géographique de la production pétrolière. Les États-Unis, devenus un acteur majeur grâce au pétrole de schiste, contribuent à limiter la dépendance au Moyen-Orient, ce qui atténue l’impact des tensions régionales sur l’économie mondiale.
Comment expliquer qu’aux côtés des marchés actions, les marchés du crédit aient rebondi alors que les marchés obligataires restent sous pression ?
La divergence entre ces segments s’explique par la nature des chocs qui affectent les marchés obligataires. Ceux-ci sont confrontés simultanément à une pression inflationniste et à une dégradation des équilibres budgétaires. L’inflation pousse les investisseurs à revoir à la hausse leurs anticipations de taux d’intérêt, ce qui entraîne une baisse mécanique des prix des obligations existantes. Même si certains considèrent que ces anticipations sont excessives, il est probable que l’inflation reste supérieure aux attentes pendant encore un ou deux trimestres, limitant la capacité des banques centrales à assouplir leur politique monétaire.
Les marchés obligataires sont confrontés simultanément à une pression inflationniste et à une dégradation des équilibres budgétaires 
Parallèlement, les finances publiques subissent une pression croissante. Le ralentissement de l’activité réduit les recettes fiscales, tandis que les États continuent d’augmenter leurs dépenses pour soutenir l’économie. Cette dynamique prolonge les déséquilibres hérités des crises successives, qu’il s’agisse de la crise financière de 2008, de la pandémie de Covid-19 ou de la crise énergétique récente. Le niveau d’endettement atteint désormais des sommets dans de nombreux pays développés, ce qui alimente les inquiétudes sur la soutenabilité de la dette et contribue à maintenir les taux à un niveau élevé.
Quelle allocation obligataire privilégier dans ce contexte ?
Les obligations d’entreprises apparaissent comme une alternative particulièrement intéressante, notamment en Europe 
Dans cet environnement, les obligations d’entreprises apparaissent comme une alternative particulièrement intéressante, notamment en Europe. Les segments investment grade (obligations de haute qualité de crédit) et high yield (obligations d’entreprises à haut rendement) offrent un couple rendement/risque attractif, soutenu par des bilans d’entreprises globalement solides et des
taux de défaut qui restent contenus, même s’ils pourraient légèrement remonter dans un contexte de ralentissement économique.
Les maturités courtes à intermédiaires, autour de quatre à cinq ans, sont particulièrement pertinentes 
Les maturités courtes à
intermédiaires, autour de quatre à cinq ans, sont particulièrement pertinentes car elles ont fortement intégré la remontée des taux, offrant aujourd’hui des rendements plus élevés tout en limitant la sensibilité à de nouvelles hausses.
Certains investisseurs commencent également à se repositionner sur les obligations souveraines à court terme, entre deux et cinq ans, dans une logique plus défensive, notamment en cas de dégradation plus marquée de la croissance. Toutefois, à ce stade, le crédit d’entreprise reste privilégié, car il permet de capter un
rendement supplémentaire sans prendre un risque excessif.
Quelle est la position actuelle sur les marchés actions ?
La posture dominante reste celle d’une neutralité prudente. Les valorisations, combinées à un environnement macroéconomique incertain, ne justifient pas une surpondération généralisée des actions. Cela étant, des poches d’opportunités existent et méritent une attention particulière.
La posture dominante sur les marchés actions reste celle d’une neutralité prudente 
Les marchés émergents, par exemple, se distinguent par une dynamique de croissance
bénéficiaire singulièrement élevée, supérieure à 30 %, ce qui contraste fortement avec les marchés développés. Ils affichent en outre des valorisations plus attractives, autour de 15 fois les bénéfices contre 20 fois pour les marchés développés, ce qui laisse entrevoir un potentiel de revalorisation.
Les marchés émergents se distinguent par une dynamique de croissance bénéficiaire singulièrement élevée 
La Chine occupe une place centrale dans cette dynamique, avec une croissance proche de 5 % et des indicateurs économiques régulièrement supérieurs aux attentes. Sa résilience repose notamment sur une stratégie énergétique ambitieuse, marquée par un doublement des investissements dans les énergies renouvelables en dix ans, soit un niveau environ 50 % supérieur à celui de l’Europe et des États-Unis. Cette politique réduit sa vulnérabilité aux chocs énergétiques et renforce son autonomie stratégique.
Quelles sont les principales opportunités sectorielles aujourd’hui ?
Les énergies renouvelables constituent un premier axe structurant 
Les énergies renouvelables constituent un premier axe structurant. Porté par des politiques publiques de décarbonation et de souveraineté énergétique, ce secteur bénéficie d’une dynamique de long terme particulièrement favorable. La performance récente, proche de 25 % depuis le début de l’année, illustre cet engouement, mais elle s’inscrit surtout dans une tendance plus profonde de transformation du système énergétique mondial.
Le secteur technologique, et plus particulièrement les logiciels, représente un second axe d’opportunité
Le secteur technologique, et plus particulièrement les logiciels, représente un second axe d’opportunité. Après une phase de correction, les valorisations sont revenues à des niveaux plus raisonnables, autour de 18 fois les bénéfices contre 24 fois auparavant. Au-delà des valorisations, ces entreprises présentent des caractéristiques défensives intéressantes dans un environnement inflationniste, grâce à leur capacité à ajuster leurs prix et à la récurrence de leurs revenus, souvent basés sur des modèles d’abonnement.
La Chine se positionne à la croisée de ces deux thématiques, en étant à la fois un acteur majeur des technologies vertes et un pilier de l’industrie technologique mondiale, ce qui renforce son attractivité dans une allocation globale.
Les résultats des entreprises soutiennent-ils cette dynamique ?
Les perspectives bénéficiaires restent globalement bien orientées, avec des attentes de croissance à deux chiffres aussi bien en Europe qu’aux États-Unis.
Les perspectives bénéficiaires restent globalement bien orientées, avec des attentes de croissance à deux chiffres aussi bien en Europe qu’aux États-Unis 
Cette dynamique est particulièrement visible outre-Atlantique, où elle est largement tirée par les secteurs technologique et énergétique, qui concentrent une part importante de la création de valeur.
En Europe, la situation est plus hétérogène, même si les entreprises du secteur de l’énergie contribuent significativement au soutien des indices.
Il faut néanmoins souligner que les marchés se montrent particulièrement exigeants. Dans ce contexte, la moindre déception sur les résultats ou sur les perspectives peut entraîner des ajustements rapides et parfois violents, ce qui renforce la nécessité d’une sélection rigoureuse des valeurs.
Faut-il craindre une bulle dans le secteur technologique ?
Il existe effectivement des excès localisés, notamment dans certains segments liés à l’intelligence artificielle.
Il existe effectivement des excès localisés 
Les investissements réalisés par les grandes entreprises technologiques atteignent des niveaux très élevés, avec près de 600 milliards de dollars de dépenses d’investissement attendus pour 2026. Toutefois, ces investissements sont soutenus par des flux de trésorerie considérables, de l’ordre de 700 milliards de dollars, ce qui limite le risque de déséquilibre financier à court terme.
Ce phénomène ne présente pas les caractéristiques d’une bulle systémique comparable à celle des années 2000 
Le principal risque est d’ordre microéconomique. Certaines entreprises pourraient ne pas parvenir à rentabiliser ces investissements, ce qui pourrait entraîner des corrections sectorielles. Néanmoins, ce phénomène ne présente pas les caractéristiques d’une bulle systémique comparable à celle des années 2000. Il s’agit davantage d’une phase d’intense compétition technologique, où les acteurs cherchent à prendre position sur des marchés d’avenir.
La dette privée américaine représente-t-elle un risque ?
Ce risque est souvent surestimé. La dette privée, par nature peu liquide, est détenue par des investisseurs qui en comprennent les contraintes. Une hausse des défauts est probable dans un environnement économique moins porteur, mais elle s’inscrit dans une normalisation après une période exceptionnellement calme, durant laquelle les défauts étaient restés artificiellement bas.
La dette privée ne constitue pas à ce stade, une source de risque systémique 
Avec un
encours d’environ 2 000 milliards de dollars, cette classe d’actifs reste relativement marginale à l’échelle du
marché obligataire mondial, dont elle ne représente qu’environ 2 %. Elle ne constitue donc pas, à ce stade, une source de risque systémique.
Quelle est votre vision sur le dollar et l’or ?
L’or conserve son statut de valeur refuge
L’or conserve son statut de valeur refuge, notamment dans un contexte d’incertitude géopolitique et monétaire. Il bénéficie également d’une demande structurelle des banques centrales des pays émergents, qui cherchent à diversifier leurs réserves et à réduire leur exposition aux devises occidentales.
Concernant le dollar, une évolution dans une fourchette comprise entre 1,15 et 1,20 semble probable 
Concernant le dollar, une évolution dans une fourchette comprise entre 1,15 et 1,20 semble probable. Cette relative stabilité masque néanmoins des forces opposées, entre la solidité de l’économie américaine et les interrogations sur la trajectoire budgétaire. Dans ce contexte, une
gestion active du
risque de change reste essentielle.
Quels sont les principaux risques à surveiller ?
Le risque géopolitique demeure au premier plan, avec la multiplication des foyers de tension, notamment au Moyen-Orient et en Ukraine, susceptibles de perturber les équilibres économiques et financiers.
À cela s’ajoute la question du niveau élevé de la dette publique, qui reste insuffisamment traitée par les politiques économiques actuelles.
L’incertitude liée aux politiques monétaires constitue un facteur clé 
Enfin, l’incertitude liée aux politiques monétaires constitue un facteur clé. Une erreur d’appréciation des banques centrales, comme un resserrement excessif dans un contexte de croissance déjà fragile, pourrait amplifier les déséquilibres et peser sur les marchés, rappelant certains épisodes passés où des décisions mal calibrées avaient accentué les cycles économiques.
AVERTISSEMENT 
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