Investir dans le secteur de la santé : opportunités, risques et perspectives de marché
(Easybourse.com) EasyBourse a organisé, le 14 janvier, un webinaire en partenariat avec La Financière de l'Echiquier. L'événement était animé par Pierre Puybasset, porte-parole de la gestion, aux côtés de Christine Lebreton, CSIO et gérante actions, ainsi que d'Eric Le Berrigaud, expert du secteur de la santé. Dans cette seconde partie, Christine Lebreton et Eric Le Berrigaud livrent une analyse approfondie du secteur de la santé. Vous trouverez ci-dessous les principales questions abordées lors de ce rendez-vous exclusif.
Vous avez décidé de focaliser votre présentation sur le secteur pharmaceutique européen. Pourquoi ?
Les grandes sociétés pharmaceutiques européennes représentent selon nous un point d’entrée solide, avec une liquidité suffisante pour les investisseurs institutionnels 
Comment qualifier les performances observées sur l’année écoulée dans ce secteur ? Malgré ces performances, y a-t-il encore du potentiel selon vous ?
Les performances sont globalement positives (1). Le secteur a progressé de près de 20 % sur l’année. Une grande partie de cette performance s’est concentrée en fin d’année, principalement sur les quatre derniers mois.
Malgré cela, nous estimons qu’il reste encore un potentiel important.
Quel indice utilisez-vous comme référence pour le secteur ?
Nous utilisons le Stoxx Europe 600 Healthcare, car il constitue un indice représentatif du secteur. Ceci étant, cet indice est pondéré par les capitalisations boursières, ce qui signifie que les grands laboratoires pharmaceutiques y ont un poids prépondérant.
Que peut-on dire du côté de la valorisation du secteur ?
Nous nous trouvons dans une zone historiquement basse, qui a souvent marqué un point d’inflexion favorable 
Un premier critère retenu est le ratio cours/bénéfice (2) relatif au marché. Autrement dit, on compare le niveau de valorisation du secteur de la santé avec celui du marché dans son ensemble, ce qui permet de déterminer si le secteur est cher ou attractif relativement aux autres segments de l’économie.
L’analyse s’étend sur une période longue d’environ 20 ans. Cela permet de replacer la situation actuelle dans une perspective historique large et de comprendre si les niveaux de valorisation observés aujourd’hui sont exceptionnels, standards ou bas par rapport aux cycles précédents.
L’examen de ce ratio montre que nous revenons aujourd’hui sur un niveau déjà atteint à deux reprises dans le passé. À chaque fois que le secteur est descendu à ce niveau, il a rebondi de manière assez nette par la suite. Nous nous trouvons donc dans une zone historiquement basse, qui a souvent marqué un point d’inflexion favorable.
À quel niveau se situe actuellement ce ratio ?
Il ressort autour de 0,9, un niveau comparable à ceux observés en 2010 et en 2020. A la différence avec ces deux périodes, les fondamentaux ainsi que l’environnement du secteur sont nettement plus favorables.
Un autre indicateur plus technique aboutit à ce même constat…
Ce deuxième indicateur est une analyse plus technique issue des travaux de plusieurs courtiers. Il vise à déterminer quelle part de la valorisation actuelle des laboratoires pharmaceutiques provient uniquement des médicaments déjà commercialisés. Cet indicateur permet donc de comprendre si les marchés attribuent une valeur aux futurs médicaments en développement ou si, au contraire, cette valeur est totalement ignorée dans les calculs.
L’analyse porte sur les principaux laboratoires pharmaceutiques européens, généralement les six plus grands, auxquels s’ajoute parfois Bayer (3). Ce sont les entreprises les plus représentatives du paysage pharmaceutique européen.
Le calcul utilisé consiste à estimer ce que la valorisation actuelle implique en termes de croissance future. Au lieu de partir d’hypothèses de croissance pour arriver à une valorisation, on part de la valorisation actuelle pour déterminer les hypothèses de croissance qu’elle sous-entend.
Que révèle cette analyse ?
Aucun des grands laboratoires ne bénéficie d’une valorisation intégrant une croissance future positive 
Que faudrait-il supposer pour justifier les valorisations actuelles ?
Pour justifier les niveaux actuels, il faudrait supposer une croissance négative à long terme, ce qui est évidemment très improbable compte tenu de la dynamique d’innovation des grands laboratoires et du vieillissement de la population qui soutient structurellement la demande de soins.
Ce phénomène touche-t-il même les laboratoires réputés pour leur recherche ?
Oui. Même un laboratoire comme AstraZeneca (4), régulièrement cité comme l’un des plus performants en matière d’innovation et de retour sur investissement en recherche, ne voit pas réellement sa capacité d’innovation reflétée dans sa valorisation. Cela illustre bien le décalage actuel.
Quelle conclusion tirez-vous de cet indicateur ?
La valorisation semble même sous-estimée au regard de son potentiel de croissance future 
Pourquoi dites-vous que les fondamentaux du secteur se sont significativement améliorés ?
Les fondamentaux se sont améliorés parce que plusieurs facteurs majeurs se sont stabilisés ou clarifiés, notamment sur le plan politique. L’un des sujets les plus sensibles de ces dernières années concernait l’évolution des prix des médicaments aux États-Unis.
Les fondamentaux se sont améliorés parce que plusieurs facteurs majeurs se sont stabilisés ou clarifiés, notamment sur le plan politique 
Pourquoi les États-Unis jouent-ils un rôle aussi déterminant pour l’industrie pharmaceutique mondiale ?
Le rôle des États-Unis est déterminant pour plusieurs raisons. D’une part, le marché américain représente environ 50 à 55% du marché pharmaceutique mondial, ce qui en fait la zone géographique la plus rentable pour les laboratoires.
Le marché américain représente environ 50 à 55% du marché pharmaceutique mondial 
Peut-on considérer que le risque politique aux États-Unis est désormais écarté ?
La menace d’une rupture profonde dans les conditions économiques du secteur semble désormais très faible. 
Existe-t-il un risque politique comparable en Chine ?
Pour la pharmacie, il n’y a pas de sujet particulier inquiétant à l’heure actuelle 
Revenons à l’innovation. Pourquoi reste-t-elle centrale pour le secteur pharmaceutique ?
Sans innovation solide, un laboratoire perd mécaniquement sa rentabilité. 
Pourquoi s’intéresser au retour sur investissement de la recherche et développement dans la pharmacie ?
Le retour sur investissement de la recherche et développement est un indicateur clé, car l’innovation constitue la principale source de croissance du secteur pharmaceutique. Développer un médicament nécessite des années de travail, mobilise des ressources très importantes et comporte un risque élevé d’échec.
La rentabilité de la recherche s’est plutôt améliorée, ce qui est un signal très positif 
Comment mesure-t-on concrètement ce retour sur investissement ?
Un dollar investi génère davantage de résultats qu’il y a quelques années
Comment expliquer cette amélioration ?
Cette amélioration principalement sur deux éléments : la sélectivité et l’efficacité des processus 
Le second élément est l’efficacité des processus. L’industrie a amélioré la conception des études cliniques, la qualité des critères de jugement, l’usage des comparateurs, ainsi que la capacité à accélérer certaines étapes. Cela a permis de raccourcir la phase de développement d’un à deux ans en moyenne, ce qui augmente mécaniquement la durée d’exploitation commerciale sous brevet.
Quelle est l’importance du rythme des lancements de nouveaux médicaments ?
En 2026 et 2027, un nombre exceptionnel de lancements importants est attendu 
Pourquoi ces années 2026 et 2027 sont-elles si importantes ?
Le secteur est en avance sur son calendrier de renouvellement, ce qui est une situation confortable
Quel rôle joue la croissance externe dans la stratégie des laboratoires aujourd’hui ?
La croissance externe est devenue un élément incontournable des stratégies de développement 
Les laboratoires ont-ils les moyens financiers de mener ce type d’opérations ?
La plupart des laboratoires se trouvent en trésorerie nette positive 
Quels segments pourraient bénéficier de cette dynamique ?
Le segment le plus susceptible d’en profiter est celui des biotechnologies, en particulier les sociétés de taille moyenne 
Pourquoi dites-vous qu’il faut privilégier la croissance plutôt que la « value » dans la santé ?
Le secteur de la santé présente des profils de valorisation très divers. On peut trouver des entreprises avec un ratio cours sur bénéfice supérieur à 40, comme Lilly (5), et d’autres autour de 8 ou 10. Pourtant, ce qui explique véritablement la valorisation, c’est la croissance attendue. Un graphique de régression montre une corrélation forte entre la croissance des ventes et la valorisation anticipée à l’horizon 2027. Cela signifie que les entreprises se regroupent naturellement autour d’une droite qui illustre cette relation. Lorsque l’on s’en éloigne trop, cela reflète souvent un problème structurel plutôt qu’une opportunité.
Qu’est-ce que cela implique pour l’investisseur ?
Dans la santé, un titre faiblement valorisé l’est souvent pour de bonnes raisons 
Peut-on parler d’une forme de nervosité concernant les valeurs pharmaceutiques de taille moyenne en ce début d’année ?
Il n’existe pas de signe clair de nervosité particulière sur les valeurs pharmaceutiques de taille moyenne. Si une volatilité excessive a concerné un ou deux titres isolés, cela ne reflète pas la réalité du segment dans son ensemble. Les valeurs de taille moyenne ont été moins concernées que les grandes entreprises par les incertitudes politiques américaines, notamment les menaces concernant les prix des médicaments. Elles n’ont pas été directement ciblées dans les discussions menées par l’administration Trump et n’avaient donc pas la même sensibilité aux enjeux industriels et réglementaires. Par conséquent, elles n’ont pas souffert du manque de visibilité de la même manière, mais elles n’ont pas non plus bénéficié du rebond lié à la levée de ces incertitudes. De manière générale, leur comportement reste cohérent et relativement stable.
Les valeurs moyennes présentent-elles un potentiel intéressant ?
Les valeurs moyennes offrent une opportunité, car elles disposent souvent d’un potentiel de croissance supérieur 
Pourquoi certaines valeurs moyennes peuvent-elles surperformer les grandes capitalisations ?
Leur taille plus réduite leur confère une agilité supérieure, tant en termes d’innovation que d’exécution stratégique 
Les petites biotechnologies sont-elles également attractives dans ce contexte ?
Il est préférable de se tourner vers des biotechnologies disposant d’une plateforme technologique solide ou d’un portefeuille comportant au moins plusieurs programmes crédibles 
Quelle est la place des petits actionnaires dans les biotechnologies et les petites valeurs pharmaceutiques ?
La présence des petits actionnaires varie beaucoup selon les sociétés, mais il est vrai que certaines entreprises ont cherché à attirer massivement les investisseurs particuliers lors de leur introduction en bourse ou lors de levées de fonds dans des contextes difficiles. Cela leur a permis de compléter un tour de table lorsque les investisseurs institutionnels se montraient réticents, notamment durant les périodes de hausse des taux d’intérêt ou lorsque les résultats cliniques tardent à venir. Toutefois, cette présence importante de particuliers peut entraîner une volatilité accrue, car il s’agit d’un actionnariat généralement plus sensible aux effets d’annonce et aux mouvements de marché.
Pourquoi la forte présence d’actionnaires particuliers peut-elle poser problème ?
Les particuliers ont souvent un horizon d’investissement plus court et recherchent parfois des gains rapides 
Comment les gérants professionnels abordent-ils cet enjeu ?
Les gérants institutionnels ont tendance à préférer les sociétés dont l’actionnariat est stable, composé d’investisseurs de long terme capables d’accompagner les entreprises pendant dix à quinze ans, c’est-à-dire le temps nécessaire pour amener une molécule jusqu’au marché. Lorsque les particuliers représentent une part trop importante du capital, cela crée un risque de volatilité et peut entraîner une pression supplémentaire sur le cours. Dans leurs échanges avec les équipes dirigeantes, les gérants insistent donc généralement sur la nécessité de constituer un tour de table solide et durable.
Cette volatilité signifie-t-elle que les particuliers ne sont pas les bienvenus ?
Pour qu’une société puisse se développer sereinement, elle doit éviter une structure d’actionnariat trop fragile, 
(2) Le ratio cours-bénéfice évalue la relation entre les bénéfices d'une entreprise et le cours (prix) de son action
(3) La société mentionnée est présentée à titre indicatif uniquement et ne constitue en aucun cas une recommandation ou un conseil d'investissement.
(4) La société mentionnée est présentée à titre indicatif uniquement et ne constitue en aucun cas une recommandation ou un conseil d'investissement.
(5) La société mentionnée est présentée à titre indicatif uniquement et ne constitue en aucun cas une recommandation ou un conseil d'investissement.
(6) La société mentionnée est présentée à titre indicatif uniquement et ne constitue en aucun cas une recommandation ou un conseil d'investissement.
(7) La société mentionnée est présentée à titre indicatif uniquement et ne constitue en aucun cas une recommandation ou un conseil d'investissement.
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(9) La société mentionnée est présentée à titre indicatif uniquement et ne constitue en aucun cas une recommandation ou un conseil d'investissement.
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Les performances passées ne préjugent pas des performances à venir. Elles ne sont pas constantes dans le temps et ne constituent en rien une garantie de performances à venir.
Imen Hazgui
Publié le 23 Janvier 2026