Le titre de la conférence de cette année était « Responsable investment in an age of urgent transition » avec deux maitre mots : l’urgence de la situation et les impacts nets positifs. La Directrice générale des PRI a dressé un état des lieux relativement alarmant…
Fiona Reynolds a prononcé un discours d’ouverture très marquant pour insister sur l’urgence de la situation. Celle-ci a notamment évoqué l’accroissement des inégalités sociales avec une rémunération des dirigeants qui correspond à 287 fois le salaire d’un employé moyen en 2018 aux Etats-Unis ; l’atteinte des droits de l’homme avec 40 millions de personnes victimes d’esclavage moderne ; la corruption qui coûte à l’économie mondiale 3600 milliards de dollars chaque année ; les externalités environnementales négatives avec 129 millions  d’hectares de forêt perdus entre 1990 et 2015 ; les émissions de gaz à effet de serre qui ont encore augmenté en 2018 de 2,7% après 1,7% en 2017.

Cette urgence a été relayée par le Président Macron qui a exhorté les investisseurs à agir contre la déforestation, en particulier en Amazonie et par le ministre de l’économie Bruno Le Maire qui a insisté sur le fait que le temps n’était plus aux déclarations d’intention mais à l’action, en soulignant que si rien n'était fait, il deviendra alors vraiment trop tard. 

En rapport avec cette urgence, les PRI ont initié un projet, « inevitable policy response » sur les impacts potentiels des futures réglementations climatiques visant à endiguer le réchauffement climatique…
Cette initiative a été lancée en collaboration avec d’autres experts, Vivid Economics, Energy Transition Advisors, 2° Investing Initiative, Carbon Tracker, Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment.

Elle fait écho à un scénario « le forecast policy scenario » dressé dans certaines études qui estime que si les actions tardent effectivement à venir spontanément, une intervention renforcée des pouvoirs publics particulièrement brutale sera inévitable. Des réglementations climatiques sévères entreraient en vigueur à partir de 2023-2025 afin d’infléchir l’élévation des températures mondiales à 1,5°C au lieu de 2,7°C à 3,5°C en cas de statu quo.

Parmi les mesures phares envisagées pour favoriser la transition vers un monde bas carbone figurent la sortie totale du charbon, l’interdiction des véhicules à moteur thermique, ou encore une augmentation de la taxe carbone pour tous type de transports également aériens et maritimes.

Les PRI ont réaffirmé leur volonté d'œuvrer en vue de fournir aux investisseurs des données leur permettant d’évaluer l’impact de ces futures politiques climatiques sur les portefeuilles et de les inciter à dialoguer avec les pouvoirs publics et les entreprises pour éviter la multiplication désordonnée de réglementations à l’échelle mondiale susceptible de conduire à un désastre économique.

Pour l’heure, les marchés financiers ne prennent pas en compte cette éventualité d’une réponse réglementaire plus sévère au cours des prochaines années.
Et Comgest s’est donnée pour mission d’identifier les impacts de ces futures réglementations climatiques.



Le sujet de la taxonomie a été beaucoup débattue lors de la conférence des PRI

Cette science de la classification, qui a des effets non négligeables sur la dénomination les produits d’investissement qui se déclarent « responsables », renvoie à la notion d’activités économiques durables.

Pour être considérée comme durable, l’activité doit alors contribuer significativement à un des six objectifs suivants sans en impacter négativement aucun autre : lutter contre le réchauffement climatique, participer à l’adaptation au changement climatique, protéger les sources d’eau et les sources marines, faciliter une évolution vers une économie circulaire, prévenir la pollution et la contrôler quand elle est inévitable, participer à la protection d’écosystèmes sains.

Le cadre de reporting TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures) initié en 2015 par le Financial Stability Board devient incontournable selon les PRI pour mieux appréhender les risques liés au changement climatique...
De nouvelles questions spécifiques liées à la TCFD ont été ajoutées au questionnaire annuel que les signataires des PRI doivent remplir. Facultatif jusque- là, ce questionnaire deviendra obligatoire à remplir dès mars 2020.

Pour l’heure seuls 591 signataires sur 2500 ont répondu à ces questions. Une petite minorité ont fait des analyses de scénarios climatiques pour tester la résilience de leur portefeuille d’investissement.

Les entreprises japonaises se sont révélées être les plus avancées sur ce reporting TCFD. 172 entreprises japonaises ont indiqué l’avoir adopté contre 109 pour le Royaume-Uni, 107 sociétés pour les Etats-Unis et moins de 40 sociétés en France dont Comgest.

Quel champ couvre ce reporting TCFD pour Comgest ?

Comgest a intégré une partie du reporting TCFD dans son Rapport Article 173 qui explique la manière dont la société intègre les facteurs ESG dans sa gestion. Le reporting a été fait pour trois principales stratégies : Monde, Europe et Marchés Emergents qui représentent 93% des actifs sous gestion.

Dans le cadre de ce reporting sont mis en évidence l’empreinte carbone des portefeuilles ainsi que les empreintes environnementales…
Ainsi il a pu être signalé que le portefeuille investi sur les marchés émergents a une empreinte carbone inférieure de 89% à son indice de référence. Cela est dû à l’approche qualité-croissance et à la prise en compte des critère ESG dans les décisions de gestion qui pousse à ne pas se positionner dans les secteurs intensifs en carbone.
Concernant les empreintes environnementales, d’autres types d’externalités environnementales négatives- telles que l'utilisation des ressources naturelles, les  polluants de l’air,  les polluants du sol et de l’eau, les déchets, l'exploitation de l’eau- ont été prises en compte. Là aussi, il a pu être montré que le portefeuille investi sur les marchés émergents a une empreinte environnementale inférieure à celle de son indice de référence.

Une évaluation des risques physiques est également réalisée dans le cadre de ce reporting.
Ces risques physiques renvoient à des risques opérationnels (inondations et précipitions extrêmes, stress thermique, stress hydrique, vents violents et augmentation du niveau de la mer), des risques liés à la chaîne d’approvisionnement, et des risques de marché. L’évaluation de ces risques est notamment basée sur les données fournies par une société californienne récemment rachetée par Moody’s, 427.
Cette société établit des scénarios prospectifs sur la période 2020-2040 concernant les risques physiques, précipitions et températures. 


P= portefeuille Magellan
B= Benchmark MSCI Emerging Markets


La conférence des PRI a également fait la part belle à la notion "d'impacts positifs" pouvant être induits d'un Investissement Responsable…

Depuis 2015, un cadre de référence a été posé permettant de mesurer les impacts positifs des activités des entreprises avec les ODD (Objectifs de Développement Durables), qui se sont imposés comme les objectifs communs à atteindre au niveau mondial.
Ce cadre a l’intérêt d’adresser à la fois des objectifs environnementaux et sociaux et de répondre positivement à la revendication d’une « juste transition » en plein essor qui suggère que la protection de l’environnement ne doit pas se faire au détriment de considérations sociales.

En 2019, 418 signataires des PRI ont mentionné les ODD dans leur reporting contre 17 en 2016.

Certains investisseurs ont affiché leur volonté de placer au cœur de leur stratégie d’investissement les ODD pour générer des impacts positifs tout en délivrant de la performance financière. Ces impacts positifs peuvent se situer à toutes les étapes des chaines de valeur : utilisation des matières premières-production-distribution-utilisation des produits jusqu’à la fin du cycle de vie des produits.

Des investisseurs néerlandais, APG et PGGM (ex-actionnaires d'AlpInvest) ont travaillé sur une méthodologie spécifique, appelée SDI, Sustainable Development Investment, pour rendre les ODD investissables. Dans cette méthodologie, de grands thèmes d’investissement compatibles avec les ODD ont été identifiés. Une plateforme « asset owner SDI » va être prochainement lancée pour aider les investisseurs institutionnels à identifier ces opportunités.


Est observé encore beaucoup de greenwashing dans ce que font les entreprises...
Les fournisseurs de données ESG s’appuient sur les données des entreprises qui sont relativement creuses. Beaucoup d’éléments qualitatifs sont communiqués mais il n'y a pas vraiment de quantifications concrètes.

Les analystes-gérants de Comgest s'efforcent de rétablir un peu de vérité en prenant le recul qui s’impose vis-à-vis des rapport ODD des entreprises.

Ainsi, dans le portefeuille d’investissement sur les marchés émergents qui réunissaient environ 43 sociétés en 2018, 21 d’entre elles ont fait un reporting spécifiques sur les ODD, deux fois plus qu’en 2017. Beaucoup d’entreprises ont indiqué adresser plusieurs ODD.

Source: Comgest, 31 Décembre 2018

Les résultats obtenus à partir de l'analyse indépendante de l'équipe de la société de gestion se sont révélés totalement différents. 
Deux principales explications à cela. Tout d'abord, certaines entreprises n'ont pas hésité à s'appuyer sur des arguments discutables, comme l'apport d'un financement significatif à des ONG- pour justifier certaines contributions aux ODD.
Par ailleurs, quasiment aucune de ces entreprises n'a été en mesure de faire appel aux 169 indicateurs concrets qui supportent les 17 objectifs ODD pour quantifier leur contribution.

Source: Comgest, 31 Décembre 2018

C’est pourquoi, au-delà de leur définition, a été prônée lors de la conférence des PRI une politique d’engagement actionnarial sur les ODD pour amener les sociétés à avoir des activités à impacts positifs et à améliorer leur reporting.

Lors d’une session de la conférence des PRI intitulée « active ownership 2.0. refocusing on outcomes », des intervenants ont expliqué à quel point l’exercice de droits de votes et l’engagement à bon escient pouvaient être déterminants dans l’instauration d’un système financier plus durable notamment si un focus est fait sur les problématiques systémiques les plus urgentes.
Les intervenants ont également rappelé la puissance de l’engagement collaboratif qui suppose l’union de plusieurs acteurs pour inciter une entreprise donnée à s’améliorer et à l’encourager dans sa transformation.

Comgest pratique l’engagement actionnarial depuis de nombreuses années sur un plan individuel et sur un plan collaboratif. Un rapport est publié à destination des clients avec un résumé des dialogues avec les entreprises tous les trimestres.

Le grand avantage de la société de gestion est d'avoir un style d’investissement qui se prêtent très bien à l’intégration ESG dès lors que l'exposition aux sociétés de qualité s'inscrit dans la durée. Il y a un intérêt fondamental à pousser les entreprises à regarder ces sujets et à améliorer leurs pratiques.

A lire également le premier papier intitulé : "Activisme des actionnaires, des salariés, des clients : la Raison d'être comme solution "