Espace pédagogique - Les fiches

La politique monétaire et la conjoncture économique

Accepter la neutralité de la politique monétaire à long terme (cf. fiche précédente) n’implique pas son incapacité à stabiliser l’économie face à des chocs conjoncturels. En effet, les économies peuvent s'éloigner plus ou moins durablement de leur équilibre de long terme. Sous l'effet d'une perturbation (d'un choc) les principaux prix (salaire réel, coût du capital, prix des actions, taux de change réel entre autres) peuvent s'écarter de leur niveau d'équilibre et conduire à des situations de surchauffe ou de récession dans la sphère réelle (production et emploi notamment) combinée à une inflation excessive ou au contraire de désinflation prononcée. La fonction de la politique monétaire est alors par ses inflexions de contribuer à accélérer le retour des variables macroéconomiques (généralement l'inflation et la production / l'emploi) à leur niveau dit d'équilibre, c'est-à-dire d'assurer la stabilisation de l'économie.

Il est largement accepté que les inflexions monétaires peuvent avoir des effets importants sur les variables réelles à court terme, du fait de la présence de diverses rigidités (nominales notamment) dans l’économie. La banque centrale doit ainsi opérer un arbitrage à court terme entre inflation et production qui prend, en fait, la forme d’un arbitrage entre la variabilité de l’inflation et la variabilité de la production autour de leur niveau cible ou d'équilibre. La politique monétaire doit donc se concevoir comme un instrument de politique économique permettant de stabiliser l’économie des chocs qui la frappe.

Il convient également de noter que cette perception de ce que la politique monétaire peut et ne peut pas faire, a une incidence directe sur le choix des objectifs poursuivis par la banque centrale. Parler de stabilisation des fluctuations de l’inflation et de la production suppose de définir au préalable leur référentiel respectifs. Pour l’inflation, il est couramment retenu une cible de moyen-long terme (aux alentours de 2 %). Pour la production, sa cible ne peut être que son niveau potentiel. Il est seul compatible avec la stabilité de l’inflation et respecte le postulat de la neutralité de la monnaie à long terme.

Nous donnons une interprétation intuitive de cet arbitrage (entre la variabilité de l'inflation et la variabilité de l'output gap, concept défini précisément dans l'encadré qui suit) dans le cas d’un choc d’inflation, type hausse du prix du baril de pétrole. Envisageons une situation initiale où le PIB réel serait égal au PIB potentiel et où l’inflation ne s’écarterait pas du taux d’inflation ciblé par la banque centrale. Supposons à présent une hausse des cours pétroliers suffisamment durable pour que celle-ci pousse durablement l’inflation au-dessus de sa cible et le PIB effectif en-dessous du PIB potentiel. On perçoit bien le conflit auquel a à faire face la politique monétaire. Le déséquilibre sur le marché des biens supposerait pour être résorbé de mettre en œuvre unepolitique monétaire plus expansionniste (baisse du taux d’intérêt directeur) alors que le retour de l’inflation à sa cible nécessiterait une politique monétaire plus restrictive. La banque centrale est donc amenée à faire un choix, en quelque sorte elle doit hiérarchiser ses objectifs et déterminer l’importance relative qu’elle entend donner à chacun d’eux. Il semble que pour les banques centrales occidentales, l’arbitrage, plus ou moins explicite, fasse référence à la rapidité avec laquelle l’inflation doit être ramenée à sa cible. Soit la banque centrale réagit de manière énergique en augmentant le taux directeur de manière substantielle mais alors elle risque d’entraîner une déstabilisation durable de la production. Soit elle réagit de manière moins agressive, met plus de temps pour ramener l’inflation à sa cible mais déstabilise sensiblement moins la production.

L’arbitrage entre les fluctuations de la production et les fluctuations de l’inflation est généralement représenté dans un plan ayant pour abscisse la variance de la production et pour ordonnée la variance l’inflation (ou vice et versa), comme dans la figure ci-dessous.

En résumé, la politique monétaire n’a pas la capacité d’affecter les valeurs moyennes des variables réelles (c’est-à-dire les niveaux de long terme). En revanche, elle a la possibilité d’arbitrer à court terme entre les fluctuations de la production et de l’inflation lorsque des chocs écartent ces variables de leur niveau d’équilibre. En d’autres termes, elle a une certaine capacité à corriger le cycle.

La notion de PIB tendanciel/potentiel et d'output gap

Le PIB potentiel d'une économie fait référence à son potentiel d’offre. La détermination de ce potentiel d’offre est dépendante de l’horizon temporel sur lequel l’on se projette. A très long terme, la croissance potentielle est contrainte par la progression de la population active et le progrès technique, qui constituent les deux facteurs rares de l’économie. Le capital, pour sa part, est infiniment accumulable et vient donc s’ajuster aux besoins de la main d’œuvre et de la technologie. A plus court terme, la croissance potentielle peut également être contrainte par la progression du stock de capital. A l’inverse, elle peut être transitoirement stimulée par une augmentation du taux d’investissement.

Une des mesures possibles du PIB potentiel consiste à déterminer le niveau de l’offre potentielle découlant de la mise en œuvre, dans des conditions d’utilisation "normale", des facteurs de production. L’utilisation normale des facteurs signifie que cette offre peut être atteinte (niveau d’offre potentielle) ou se développer (croissance potentielle) sans générer de tensions inflationnistes. Ainsi, lorsque le PIB est à son niveau potentiel, des capacités inutilisées existent encore, mais elles ne peuvent être mobilisées qu’au prix d’une accélération des prix et des salaires. Pour autant, le niveau du PIB potentiel ne constitue pas une contrainte physique de capacité : l’activité peut en effet dépasser le PIB potentiel, mais au prix vraisemblablement de tensions sur les prix et les salaires (dans le cas où il n’y a pas d’erreur de mesure du PIB potentiel). A contrario, le niveau du PIB effectif peut s’inscrire transitoirement en deçà du potentiel d’offre dans le cas où l’économie se trouve confrontée à un déficit de demande.

L’output-gap (ou écart de production), qui mesure la différence entre le PIB effectif et le PIB potentiel en pourcentage du PIB potentiel, est plus largement un concept relatif aux ajustements et aux déséquilibres conjoncturels entre la demande et l’offre potentielle.

A long terme (sur le siècle dernier), la croissance annuelle moyenne (en terme réels) de l'économie française France se situerait entre 2% et 2,5%. Cela équivaut à un doublement du niveau de vie tous les 32 ans à peu près. Des mesures récentes de nature structurelles et l'émergence des nouvelles technologies de l'information et de la télécommunication (NTIC) aurait stimulé la croissance potentielle de long terme américaine de manière permanente (choc d'offre positif permanent) pour l'amener aux alentours de 3%. Dans ce cas, le niveau de vie des habitants américains doublerait tous les 24 ans.

OK, tout accepter
Fermer