Investir dans la santé: entre vieillissement, innovation et biotechs
(Easybourse.com) Vieillissement démographique, renouveau des pipelines pharmaceutiques, consolidation par acquisition : plusieurs forces structurelles replacent le secteur de la santé au coeur de l'actualité des investisseurs. Tour d'horizon d'un secteur complexe, aux sous-segments très différents.
Cet article est rédigé à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation d'achat ou de vente de valeurs mobilières. Tout placement en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Santé et longévité : investir dans un secteur qui vieillit avec nous
Cet article s'appuie notamment sur un webinaire organisé par EasyBourse en janvier 2026, au cours duquel Christine Lebreton et Eric Le Berrigaud, gérants chez La Financière de l'Echiquier, ont partagé leur analyse du secteur pharmaceutique européen:
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PARTIE 1 - COMPRENDRE LE SECTEUR
| L'Europe vieillit. Aujourd'hui, 21 % de la population européenne a plus de 65 ans, une proportion qui devrait avoisiner 30 % d'ici 2050 selon Eurostat. En France, l'âge moyen de la population atteint déjà 42,6 ans contre 39,1 ans il y a vingt ans. Ce vieillissement s'accompagne naturellement de besoins de santé croissants, ce qui soutient la demande pour l'ensemble du secteur, des médicaments aux dispositifs médicaux en passant par les services de soins. Les Etats-Unis restent le moteur de l'innovation mondiale dans ce domaine. Ils représentent environ 50 à 55 % du marché pharmaceutique mondial, selon IQVIA, anciennement IMS Health, et constituent la zone géographique qui adopte le plus rapidement les nouvelles thérapies. Sur les médicaments lancés entre 2019 et 2023, près des deux tiers des ventes mondiales en provenaient. L'Europe souffre de délais plus longs pour les essais cliniques et d'un environnement de financement moins favorable, ce qui rend d'autant plus précieux les laboratoires européens cotés qui combinent ancrage continental et accès au marché américain. Le secteur de la santé regroupe par ailleurs des sous-segments aux logiques très différentes : pharmacie, biotechnologie, technologies médicales, sciences de la vie, services de santé. Des profils, des stades de maturité et des niveaux de risque très différents, ce qui rend la sélection d'autant plus déterminante. |
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Sur la valorisation, les gérants étaient particulièrement affirmatifs :
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Depuis ce webinaire, un rebond s'est effectivement amorcé. Le secteur a surperformé le marché global d'environ 7 % sur les douze derniers mois. Il n'est donc plus en zone de sous-valorisation extrême, mais il conserve une décote notable, avec un P/E forward autour de 17,23 contre 22,78 (MacroMicro) pour le S&P 500. Les gérants soulignaient par ailleurs un point que le marché semble toujours ignorer : les pipelines pharmaceutiques, c'est-à-dire l'ensemble des médicaments en cours de développement chez un laboratoire, restent très peu intégrés dans les valorisations actuelles. Chaque approbation réussie constitue donc un catalyseur potentiel que les cours n'anticipent pas encore.
PARTIE 2 - LES GRANDES TENDANCES DU SECTEUR
La révolution GLP-1 : un marché en train de se redessiner
Les médicaments dits GLP-1, initialement développés pour traiter le diabète de type 2, ont progressivement transformé la façon dont le monde médical aborde l'obésité. Ces traitements agissent en mimant une hormone naturelle qui régule la glycémie et l'appétit, entraînant une perte de poids significative chez les patients traités. Ce qui était au départ une niche thérapeutique est en train de devenir l'un des plus grands marchés de l'histoire pharmaceutique.
Deux acteurs ont construit ce segment et continuent de le dominer, mais leurs trajectoires boursières respectives illustrent bien la rapidité avec laquelle les équilibres peuvent se renverser dans ce secteur. Novo Nordisk (éligible PEA) a ouvert la voie avec l'Ozempic pour le diabète, puis le Wegovy pour l'obésité. Pendant plusieurs années, le groupe danois était perçu comme l'acteur incontournable du segment. Eli Lilly a ensuite imposé son tirzepatide (nom de la molécule), commercialisé sous les noms Mounjaro pour le diabète et Zepbound pour l'obésité, avec des résultats cliniques légèrement supérieurs en termes de perte de poids. Sur le premier trimestre 2026, les ventes de Mounjaro ont progressé de 125 % sur un an, celles de Zepbound de 80 % (source : résultats T1 2026, Eli Lilly). Lilly détient désormais 60,1 % du marché américain des GLP-1, contre 39,4 % pour Novo Nordisk (source : IQVIA, T1 2026). Ce dernier a par ailleurs publié en février 2026 une guidance particulièrement prudente, anticipant une baisse de ses ventes de 5 à 13 % à taux de change constants pour l'exercice en cours (source : communiqué de résultats Novo Nordisk, février 2026), ce qui a pesé lourdement sur son cours de bourse.
La vague de lancements 2026-2027
Au-delà des GLP-1, l'ensemble du secteur aborde une période particulièrement dense en termes de nouvelles mises sur le marché. Les années 2026 et 2027 concentrent un nombre de lancements parmi les plus importants de la décennie (Évaluates Pharma Market Report). Ce calendrier est d'autant plus favorable que les principales expirations de brevets ne commenceront à peser qu'à partir de 2029, laissant aux laboratoires une fenêtre confortable pour renouveler leurs portefeuilles. Sanofi en est un bon exemple : au premier trimestre 2026, le groupe a enregistré cinq approbations réglementaires en immunologie et affiche une croissance de ses ventes de 13,6 % sur un an (source : résultats T1 2026, Sanofi). Ipsen, mid-cap française spécialisée en oncologie et neurologie, illustre pour sa part la dynamique des laboratoires à taille intermédiaire, avec une croissance de son chiffre d'affaires de 22,6 % au premier trimestre 2026 et un objectif de croissance supérieur à 13 % pour l'exercice (source : résultats T1 2026, Ipsen).
Sur la dynamique d'innovation, les gérants apportaient un éclairage utile :
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La croissance externe comme moteur de renouvellement
Face aux contraintes liées aux brevets, les grands groupes pharmaceutiques ont fait de la croissance externe, c'est-à-dire l'acquisition de sociétés extérieures pour accélérer leur développement (appelée M&A pour « Mergers and Acquisitions »), un pilier de leur stratégie. La plupart des grands laboratoires affichent des niveaux d'endettement très faibles voire une trésorerie nette positive, ce qui leur confère une capacité d'acquisition importante. Sanofi l'a illustré en février 2026 avec le rachat de Dynavax, renforçant sa présence dans les vaccins adultes.
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La démographie, un moteur qui dépasse la seule pharmacie
Le vieillissement des populations ne génère pas uniquement une demande accrue de médicaments. Il stimule l'ensemble de la chaîne de soins, y compris des segments souvent moins visibles mais tout aussi porteurs. L'optique ophtalmologique en est un exemple parlant : la presbytie touche la quasi-totalité des personnes de plus de 45 ans (selon l'INSERM ou encore les données de l'Assurance Maladie), la cataracte concerne un Français sur cinq après 65 ans, et l'épidémie mondiale de myopie ajoute une pression supplémentaire sur l'ensemble de la filière. Des groupes comme EssilorLuxottica, leader mondial du verre correcteur et des montures (PEA), ou Clínica Baviera, spécialiste européen de la chirurgie réfractive (PEA), illustrent comment ces dynamiques se traduisent concrètement en opportunités boursières.
| Pour aller plus loin : « Des yeux tournés vers l'avenir : l'optique ophtalmologique à la croisée de la démographie et de la Tech » : -> Lire l'article dans l'espace Santé d'EasyBourse |
PARTIE 3 - BIOTECHS ET SMALL CAPS : POTENTIEL ET VIGILANCE
La dynamique de croissance externe décrite précédemment profite en premier lieu aux biotechs de taille moyenne, qui constituent des cibles naturelles pour les grands laboratoires cherchant à enrichir leurs pipelines. Mais au-delà des cibles potentielles d'acquisition, ce segment recèle des dossiers dont la logique propre mérite d'être examinée.
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En France, le vivier de biotechs cotées est l'un des plus actifs d'Europe, avec des sociétés éligibles au PEA-PME couvrant des aires thérapeutiques très variées. Certaines, comme Medincell ou Abivax, ont déjà franchi des étapes cliniques significatives et disposent d'une visibilité financière à moyen terme. D'autres, comme Nanobiotix ou Valneva, traversent des phases plus charnières : la première a bouclé une levée de fonds institutionnelle d'environ 85 millions d'euros en mai 2026 pour accélérer le développement de sa plateforme en oncologie (traitement du cancer) (source : communiqué Nanobiotix, mai 2026), la seconde attend des soumissions réglementaires pour son vaccin contre la maladie de Lyme, développé en partenariat avec Pfizer, dont la phase 3 a montré une efficacité supérieure à 70 % selon les résultats publiés en mars 2026 (source : communiqué Valneva / Pfizer, mars 2026). On observe ainsi des profils très variés: des degrés de maturité différents et des niveaux de risques variables qui rendent la sélection des valeurs d'autant plus essentielle
Pour aller plus loin :
retrouvez nos interviews des dirigeants d'Abivax et de Valneva.
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PARTIE 4 - QUELQUES RÉFÉRENCES AMÉRICAINES
Le marché américain offre une exposition au secteur de la santé qui dépasse largement la seule pharmacie. Pour un investisseur français habitué à un système de santé public, UnitedHealth Group (UNH, NYSE, CTO) est un cas à part : c'est le premier assureur santé privé américain, avec un chiffre d'affaires annuel attendu à plus de 439 milliards de dollars en 2026 (Bloomberg). Aux Etats-Unis, une large partie de la population dépend d'assurances privées pour accéder aux soins, ce qui confère à des groupes comme UnitedHealth un rôle structurel dans l'économie de la santé américaine. Le titre a connu une période de forte volatilité liée à des enquêtes réglementaires et à des pressions sur ses marges, mais le groupe a récemment relevé ses prévisions de bénéfice ajusté pour 2026. C'est un dossier qui illustre bien la sensibilité du secteur américain aux décisions politiques sur le financement des soins.
D'autres profils sont plus directement liés à l'innovation médicale. Johnson & Johnson (JNJ, NYSE, CTO) combine pharmacie innovante et technologies médicales avec une profondeur de portefeuille rare à cette échelle, affichant une croissance de ses ventes de 9,9 % au premier trimestre 2026 (source : résultats T1 2026, Johnson & Johnson). Intuitive Surgical (ISRG, Nasdaq, CTO) incarne pour sa part la révolution de la chirurgie robotique via son système da Vinci (Une machine dirigée par un chirurgien pour réaliser des opérations, principalement au niveau de l'abdomen), avec plus de 11 000 systèmes installés dans le monde et une croissance de 23 % de son chiffre d'affaires sur la même période (source : résultats T1 2026, Intuitive Surgical).
PARTIE 5 - S'EXPOSER AU SECTEUR SANS CHOISIR UNE VALEUR
Pour les investisseurs qui souhaitent s'exposer au secteur de la santé sans avoir à sélectionner des valeurs individuelles, plusieurs supports permettent une exposition diversifiée, avec des niveaux de risque et des approches très différents.
Les ETF constituent l'entrée la plus simple. L'Amundi MSCI World Health Care UCITS ETF (LU0533033238, Euronext Paris, CTO) réplique l'ensemble des grandes valeurs mondiales du secteur santé incluses dans le MSCI World, offrant une exposition large et peu coûteuse à des groupes comme Johnson & Johnson, Eli Lilly, AstraZeneca ou Novo Nordisk. Le iShares MSCI World Health Care Sector UCITS ETF (IE0009QS7W62, Euronext Amsterdam, CTO) couvre un périmètre similaire avec une approche intégrant des critères ESG de réduction carbone.
Pour les investisseurs qui préfèrent déléguer la sélection à un gérant actif spécialisé, le Candriam Equities L Oncology (LU1864481467, CTO) est un OPCVM noté cinq étoiles Morningstar, qui se concentre spécifiquement sur les sociétés impliquées dans le traitement du cancer, une thématique particulièrement portée par le vieillissement démographique.
A noter:
Les ETF santé ne sont généralement pas éligibles au PEA car ils répliquent des indices comportant des valeurs hors zone européenne, notamment américaines et suisses, qui représentent la majorité du secteur. L'exposition se fait donc principalement via un compte-titres ordinaire.
En conclusion le secteur de la santé ne se résume pas à une thèse d'investissement unique. C'est un univers large, où coexistent des profils très différents : la récurrence des grands laboratoires, le potentiel de rupture des biotechs, la défensivité des dispositifs médicaux, la croissance des segments portés par le vieillissement. Ce qui les réunit, c'est une demande structurellement soutenue par des tendances démographiques que rien ne viendra inverser dans les prochaines décennies. La sélection reste déterminante, mais le cadre général reste favorable.
TABLEAU RÉCAPITULATIF DES VALEURS CITÉES
La mention CTO indique un accès via compte-titres ordinaire, PEA via le Plan d'Epargne en Actions, PEA-PME via le Plan d'Epargne en Actions dédié aux PME.
| Valeur / Produit | Type | Marché | Enveloppe | Accès EasyBourse |
| Révolution GLP-1 | ||||
| Eli Lilly | Pharma / GLP-1 | NYSE | CTO | En ligne |
| Novo Nordisk | Pharma / GLP-1 | Euronext / Copenhagen | PEA + CTO | En ligne |
| Pharma européenne | ||||
| Sanofi | Pharma / Immunologie | Euronext Paris | PEA + CTO | En ligne |
| Ipsen | Pharma / Oncologie | Euronext Paris | PEA + CTO | En ligne |
| Optique & santé visuelle | ||||
| EssilorLuxottica | Verres correcteurs & montures | Euronext Paris | PEA + CTO | En ligne |
| Clínica Baviera | Chirurgie réfractive | BME Madrid | PEA + CTO | Par téléphone |
| Références américaines | ||||
| UnitedHealth Group | Assurance santé | NYSE | CTO | En ligne |
| Johnson & Johnson | Pharma + MedTech | NYSE | CTO | En ligne |
| Intuitive Surgical | Chirurgie robotique | Nasdaq | CTO | En ligne |
| Biotechs françaises éligibles PEA-PME | ||||
| Medincell | Biotech - injectables | Euronext Paris | PEA-PME | En ligne |
| Abivax | Biotech - inflammatoire | Euronext Paris | PEA-PME | En ligne |
| Nanobiotix | Biotech - oncologie | Euronext Paris | PEA-PME | En ligne |
| Valneva | Vaccins spécialisés | Euronext Paris | PEA-PME | En ligne |
| ETF thématiques santé | ||||
| Amundi MSCI World Health Care | ETF santé mondial | Euronext Paris | CTO | En ligne |
| iShares MSCI World Health Care | ETF santé ESG mondial | Euronext Amsterdam | CTO | En ligne |
| OPCVM - Gestion active santé | ||||
| Candriam Equities L Oncology | OPCVM oncologie - Candriam | Luxembourg | CTO | En ligne |
Avertissement
Cet article ne doit en aucun cas s'apparenter à une recommandation d'acheter, de vendre ou de continuer à détenir un investissement. Il n'a aucune valeur contractuelle et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. EasyBourse ne saurait être tenue responsable d'une décision d'investissement ou de désinvestissement sur la base de cet article. Le placement en bourse est soumis aux fluctuations et aux aléas des marchés financiers. Il comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances à venir. Les données financières citées dans cet article sont issues de sources publiques à la date de rédaction et sont susceptibles d'évoluer.
Publié en Mai 2026
CAPELLE Simon
Publié le 29 Mai 2026