Quel regard porter sur l’évolution de la collecte et des encours des ETF depuis le début de l’année ?

La collecte au sein des ETF est demeurée relativement importante. A fin mai 2020, la hausse est de 30% au niveau mondial, à 165 milliards d’euros. Sur la même période en 2019, le montant enregistré était de 126 milliards d’euros. Près de 38% des flux se sont dirigés vers les ETF actions et 36% vers les ETF obligations.
A fin mai 2020, les encours ont cependant diminué de 4% à 5300 milliards euros, répartis entre environ 7000 ETF. Sur le plan géographique, 70% de ces encours se situent aux Etats-Unis contre 16% en Europe et 7% au Japon. D’un point de vue classes d’actifs, 74% de ces encours se trouvent dans les ETF actions, 20% dans les ETF obligations et 3% dans les ETF « actifs ».

Evolution des encours des ETF sur le marché mondial à fin mai 2020


Qu’en est-il plus spécifiquement du marché européen ?

A fin mai 2020, la collecte nette en Europe s’établit à 4,9 milliards d’euros. L’impact de la crise du coronavirus s’est clairement fait ressentir. En janvier, la collecte nette sur les ETF sur le marché européen était de 12 milliards d’euros, essentiellement sur des stratégies actions (environ 60%). En février, cette même collecte nette est ressortie à 3,8 milliards d’euros (25% sur les actions). Une décollecte nette de 24 milliards d’euros a, ensuite, été constatée en mars à la fois sur les ETF actions et les ETF obligations. La dynamique est redevenue positive en avril avec une collecte de 8 milliards d’euros uniquement sur des ETF obligataires.

Quid de la répartition des flux par classe d’actifs en Europe ?

La collecte nette sur les ETF obligataires en Europe est estimée à 10,7 milliards d’euros depuis début janvier. Les indices sur les obligations d’Etat ont généré 8,2 milliards d’euros depuis le début de l’année. Alors que 6 milliards d’euros se sont dirigés vers les obligations d’entreprises bien notées. En revanche, une décollecte de 4 milliards d’euros a été enregistrée sur les obligations émergentes et de 1,5 milliard d’euros sur les obligations à haut rendement.
Une décollecte a également été relevée sur les ETF actions à hauteur de 5,7 milliards d’euros. L’essentiel des flux s’est orienté vers les indices internationaux. En revanche, les sorties ont été notables sur les indices pays émergents, nord-américains, et ceux d’Asie pacifique.
Les ETF avec effet de levier ou avec une variation inverse à la performance ont également décollecté.

Du coté des matières premières, la collecte nette est évaluée à 200 millions d’euros. 550 millions d’euros se sont exposés à l’or et aux métaux précieux et 380 millions d’euros aux indices énergie depuis le début de l’année.

Evolution des encours dans les ETF sur le marché européen à fin mai 2020


Quelle image cela donne des encours en Europe ?

Les encours ont diminué de 8,5% en Europe à 800 milliards d’euros, environ 16% du marché mondial, répartis entre environ 1800 ETF.
La baisse est donc deux fois plus prononcée qu’au niveau mondial. L’effet marché a été important. Pour rappel, le Cac 40 a chuté de 8,39% le 9 mars, et de 12,28% le 12 mars. C’est la plus forte variation négative observée sur cet indice depuis sa création en 1987.
Désormais, la sphère actions représente 65% des encours en ETF et la sphère obligataire représente 30%. On observe une surpondération récente des stratégies ETF obligataires sur le marché européen.

Quel est le poids des investisseurs particuliers dans ces encours ?

Le marché des ETF est encore dominé en Europe par les investisseurs professionnels. La répartition est estimée à 80% pour les professionnels et 20% pour les particuliers. Beaucoup de ces investisseurs sont autonomes et ont une appétence à mettre en place une stratégie d’investissement à bas coût, en se positionnant sur des ETF via leur courtier en ligne, avec des frais de gestion relativement faibles.
Les robot advisors, les contrats d’assurance vie, la multigestion sont d’autres canaux par lesquels passent ces investisseurs particuliers pour se positionner sur les ETF.

Qu’en est-il de la participation des investisseurs particuliers sur le marché français ?

La part des investisseurs particuliers est encore plus faible en France, autour de 15%, notamment en comparaison du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la Suisse.
Davantage de pédagogie est nécessaire. Beaucoup d’investisseurs français ne savent pas encore ce que sont les ETF et n’en saisissent pas les contours.

Plusieurs arguments militent pour la persistance de l’expansion du marché des ETF dans l’industrie de la gestion d’actifs. L’un d’entre eux réside dans leur bon comportement au cours des phases de stress aigu sur les marchés à l’instar de celle que nous avons vécue en ce début d’année...

Les ETF ont correctement réagi à la suspension des indices boursiers. Pour calmer les esprits et lutter contre des comportements de panique moutonniers, afin d’éviter un emballement trop fort sous l’impulsion des processus automatisés, des coupe-circuits ont été activés sur différentes bourses comme sur Euronext Paris.
Ainsi, le 12 mars, plus de la moitié des titres du Cac 40 ont été réservés à la baisse, entrainant une suspensions de l’indice à l’ouverture pendant quelques minutes.
Les cas de cotation décalée des ETF ont été très isolés et sont surtout survenus aux Etats-Unis.

Pendant un temps, la liquidité a bien montré quelques signes de détérioration, à l’image de la liquidité observée sur les actifs sous-jacents. Les fourchettes achat-vente se sont écartées, à la fois sur les ETF actions et obligations. Elles ont atteint jusqu’à 50 points de base (0.50%) sur des grands indices comme le S&P 500 dans les jours qui ont suivi le 12 mars 2020. D’ordinaire, le niveau est de 3 à 5 points de base.
Dans le compartiment obligataire, des discounts sont apparus, autrement dit un écart entre la valeur de l’obligation et celle émise par le fournisseur d’indice. Les prix sur les obligations sous-jacentes ayant été difficiles à obtenir sur le marché qui a subi des retraits massifs, cinq fois plus importants que d’habitude en termes de volume.

Toutefois, face à cette situation inédite, les fournisseurs d’indices sont restés sur le qui-vive. Beaucoup ont reporté la date de leur rebalancement afin de ne pas rajouter de la volatilité sur le marché. Ce fut par exemple le cas de Standard & Poor’s pour le S&P 500.

Et assez rapidement, le retour à la normale a pris le dessus. L’intervention des banques centrales a ramené de la sérénité sur les marchés et a permis d’améliorer la liquidité.
Cette accalmie s’en est trouvée renforcée par l’implication de certaines de ces institutions monétaires dans le segment des ETF. Ainsi, la Banque centrale du Japon a doublé ses achats d’Etat notamment sur le crédit et la Fed a pour la première fois de son histoire annoncé l’achat d’ETF obligataires théoriquement jusqu’à 750 milliards de dollars avec une volonté de se positionner sur des obligations d’entreprises.

Un autre vecteur favorable à la poursuite de l’essor des ETF réside dans la multiplication des ETF ESG sur lesquels BNP Paribas AM est pleinement positionné... 

Alors qu’au niveau mondial les ETF ESG englobent 74 milliards d’euros d’encours, ces derniers représentent 36 milliards d’euros en Europe. Ainsi, le marché européen représente près de 50% du marché mondial. La croissance de cet encours est de 20% depuis fin 2019. Il a été multiplié par 3 depuis fin 2018.
Depuis le début de l’année, la collecte dans les ETF ESG est de 10 milliards d’euros, essentiellement sur des indices actions.
Il y a donc une inclination des investisseurs européens, et notamment des investisseurs français à acheter ce type de produits. D’ailleurs l’offre d’ETF ESG en Europe est plus étoffée qu’aux Etats-Unis, 157 fonds en Europe contre 93 outre-Atlantique.

Au-delà de la conviction de vouloir participer à l’amélioration des dimensions environnementale, sociale et de gouvernance de notre société, les investisseurs ont constaté qu’un investissement responsable pouvait très bien coïncider avec un investissement performant.
Une véritable résilience est affichée par les ETF ESG que ce soit depuis le début de l’année, sur trois ans et cinq ans. Par exemple, alors que depuis janvier, l’indice MSCI Europe a reculé de -15,43% à fin mai 2020, l’indice MSCI ISR a fait -9,38%. Un peu plus de 6% de surperformance a pu être dégagée du fait essentiellement de la sélection qualitative de valeurs considérées comme davantage responsables.

Parallèlement, la moyenne des frais de gestion sur ces indices ESG est comparable à celle qui émane des indices classiques.

Evolution des encours des ETF ESG à fin mai 2020