EasyBourse - Investir en bourse en ligne

Barnard MAROIS

Bernard Marois
Président d'honneur

Diplômé d'HEC, MBA de l'Université Columbia de New-York et docteur en sciences de gestion. Il est actuellement professeur au Groupe HEC.

Il a publié de nombreux ouvrages et écrit régulièrement dans des revues spécialisées.

Il est spécialiste de finance internationale et consultant auprès de grandes banques.

Un point sur la réforme du système financier mondial

publié Vendredi 20 Janvier 2012

Depuis le début de la crise des « subprimes », fin 2007, les diverses réunions du G20 (5 au total) ont tenté de faire avancer plusieurs chantiers de réforme, destinés à stabiliser et à réguler le système financier international. Où en sommes-nous aujourd’hui ? On peut regrouper les diverses initiatives prises en 3 catégories : la refonte du système monétaire international ; la régulation des marchés financiers ; la surveillance des systèmes bancaires. Arrêtons- nous sur chacun de ces points.


1. La refonte du système monétaire international

Les objectifs principaux d’une réforme concrète du système peuvent s’énoncer de la façon suivante : limiter la volatilité des monnaies entre elles ; diversifier l’offre des monnaies de réserve, pour diminuer l’hégémonie du dollar ; rapprocher les parités de leur valeur intrinsèque (c’est à dire réévaluer le yuan chinois).


Il faut admette que peu de progrès ont été réalisés sur ces différents points ! Les Chinois refusent de se plier à des contraintes extérieures. Ils réévalueront leur monnaie à un rythme lent (pour éviter de nuire à leur avantage compétitif). On peut seulement espérer qu’ils continueront à libéraliser les régimes de conversion du yuan, ce qui devrait permettre à cette monnaie d’évoluer vers sa valeur intrinsèque… d’ici 5 ou 10 ans. Par ailleurs, les principaux pays du monde se sont mis d’accord sur un renforcement du FMI (Fonds Monétaire International), avec, à moyen terme, l’intégration du yuan dans la définition des DTS (Droits de Tirage Spéciaux), monnaie de compte utilisé par le fonds. Cette initiative, jointe à l’extension à la convertibilité du yuan, mentionnée précédemment, devrait favoriser une diversification monétaire, destinée à favoriser l’émergence d’un système monétaire international multipolaire (dollar, euro, yuan).


2. La régulation des marchés financiers

Elle vise plusieurs « boucs émissaires », considérés comme co-responsables de la crise actuelle. On citera successivement : les produits dérivés, les agences de notation, les paradis fiscaux, la spéculation.

. Les produits dérivés (options, swaps ; futures, CDS, etc.)


Un effort sera fait pour rendre ces produits moins opaques en diminuant au maximum les marchés dits « de gré à gré », qui font l’objet de transactions bilatérales non publiques (donc sans cotation « officielle »). D’où l’obligation d’enregistrer ces opérations officiellement et de les faire migrer à travers des « chambres de compensation », entités plus faciles à contrôler et qui obligent leurs intervenants à donner des garanties (dépôts, appels de marge). Cependant, ce dossier considéré comme brûlant lors des premiers G 20, a été remisé au second plan, à la suite de la crise de la dette publique, à partir de 2010.


Notons quand même une avancée en ce qui concerne les Credit Default Swaps (CDS) relatifs à la dette publique des Etats : la France et l’Allemagne vont interdire les opérations « à nu » (dans lesquelles l’acheteur n’est pas en risque, car non-détenteur de la dette sous-jacente).


. Les agences de notation


Situées aussi dans « l’œil du cyclone », on leur reproche d’avoir une action « procyclique » lorsqu’elles dégradent la note d’un pays. De ce fait, elles accentuent les difficultés de l’Etat visé. Deux initiatives sont à l’étude, pour contrecarrer ces effets dévastateurs. La première consisterait à créer une agence véritablement « européenne » (donc moins sensible, pense-t-on, aux lobbys financiers anglo-saxons). La seconde envisage une interdiction de noter un pays, quand ce dernier est « sous assistance internationale ». Pour l’instant, aucune décision ferme n’est intervenue sur ces 2 projets.


. Les paradis fiscaux


Selon certaines sources, l’évasion fiscale représenterait 150 milliards, rien que pour l’Union Européenne et viendrait amplifier une spéculation internationale, considérée comme déstabilisatrice. A la suite de négociations bilatérales, la plupart des paradis fiscaux (il y en a une quarantaine !) auraient promis de faire des efforts de transparence et de lutte contre le blanchiment d’argent sale. Seul 9 pays resteraient identifiés comme « non coopératifs » (listes noire et grise). En outre, le sujet a été un peu éclipsé depuis par la crise de la dette.


. La spéculation et la taxe Tobin


Au jour d’aujourd’hui la France et l’Italie (mais sous réserve d’accord européen) ont donné leur accord pour taxer les transactions financières(1). Celui-ci, pourrait être étendu aux autres pays de la zone euro avant 2014. Par contre, les Etats-Unis, la Grande Bretagne et une grande majorité des pays en développement y sont hostiles. Reste à savoir quelle sera l’assiette exacte de cette taxe, ainsi que son taux, son mode de prélèvement et son affectation. Un énorme chantier pour les prochaines années.


3. La surveillance des systèmes bancaires

Pour le moment, les réflexions portent sur 2 champs : le renforcement des capitaux propres des banques, pour limiter le risque de faillite, d’une part, et, l’éventuelle séparation des activités de détail (« retail banking ») et de la banque d’affaires, d’autre part..


. Le renforcement des capitaux propres.


La plupart des pays sont d’accord pour augmenter les ratios de capitaux propres des banques. L’essentiel du travail s’effectue au sein du Comité de Bâle (réglementation Bâle 3). Pour simplifier, on indiquera que le ratio de fonds propres « durs » devra au minimum dépasser 9%, sans compter un éventuel « risque systémique ». Malheureusement, le souci de protéger les épargnants se heurte, d’une certaine façon, au souhait de favoriser le financement bancaire en faveur de l’économie. Il est clair, en effet, que la nécessaire augmentation des capitaux propres des banques en fonction des risques pris par celles-ci peut les amener à restreindre certains crédits vers les PME par exemple. Il faudra donc trouver un équilibre entre ces deux contraintes opposées..


. La séparation de la banque de détail et de la banque d’affaires.


Déjà adopté aux Etats-Unis (loi Dodd-Franck) et envisagé concrètement en Grande Bretagne (rapport Vickers), le principe de la séparation des activités de « retail banking » et des activités d’investissement apparaît moins évident en Europe Continentale, où la « banque universelle » demeure une tradition fortement établie..


Dans la mesure où les banques allemandes ou françaises ont moins souffert, lors de la crise des « subprimes », la nécessité de procéder à un partage des activités ne semble pas s’imposer, sans un minimum de réflexion identifiant clairement les avantages et les inconvénients d’une telle décision. Donc, dossier à suivre…


Bernard MAROIS
Professeur Emérite HEC Paris
Président d’Honneur du Club Finance HEC


Les Editos
précédents

« La prochaine décennie (2016-2026) »

publié le Mercredi 20 Avril 2016 » Lire la suite

« Les paradoxes de la finance »

publié le Dimanche 13 Mars 2016 » Lire la suite

« Le modèle suisse »

publié le Lundi 25 Janvier 2016 » Lire la suite

« L'investissement, nerf de la bataille économique »

publié le Lundi 07 Décembre 2015 » Lire la suite

« Où va la Chine? »

publié le Mardi 01 Décembre 2015 » Lire la suite

« LES « EURO PRIVATE PLACEMENTS » (EURO-PP) : UN NOUVEL INSTRUMENT DE FINANCEMENT POUR LES ENTREPRISES MOYENNES »

publié le Vendredi 15 Mai 2015 » Lire la suite

« Qu'attendre de 2015? »

publié le Vendredi 30 Janvier 2015 » Lire la suite

« Méfions-nous des modèles économiques »

publié le Lundi 02 Juin 2014 » Lire la suite

« LA FRANCE ET LE MONDE DE L’ENTREPRISE »

publié le Vendredi 04 Avril 2014 » Lire la suite

« L’EUROPE EN 2014 : CONSOLIDATION OU DISLOCATION »

publié le Mardi 11 Mars 2014 » Lire la suite

« ERRARE HUMANUM EST, PERSEVERARE DIABOLICUM »

publié le Mercredi 16 Octobre 2013 » Lire la suite

« LA FRANCE ET SES DEUX DEFICITS »

publié le Lundi 09 Septembre 2013 » Lire la suite

« Un continent oublié: l'Afrique »

publié le Mardi 21 Mai 2013 » Lire la suite

« L'Europe a-t-elle encore un avenir? »

publié le Vendredi 12 Avril 2013 » Lire la suite

« »

publié le Mardi 19 Mars 2013 » Lire la suite

« L'irrésistible ascension du yuan »

publié le Lundi 18 Février 2013 » Lire la suite

« Sans la croissance rien n'est possible »

publié le Lundi 10 Décembre 2012 » Lire la suite

« Quo Vadis (où allons-nous) ? »

publié le Jeudi 25 Octobre 2012 » Lire la suite

« Le secteur du luxe, un atout pour l'industrie française »

publié le Vendredi 20 Juillet 2012 » Lire la suite

« Trois "contre-vérités" »

publié le Vendredi 22 Juin 2012 » Lire la suite

« La France au lendemain de l'élection présidentielle »

publié le Mercredi 06 Juin 2012 » Lire la suite

« France: Etat des lieux »

publié le Vendredi 13 Avril 2012 » Lire la suite

« Le surendettement: un mal pernicieux »

publié le Vendredi 30 Mars 2012 » Lire la suite

« Croissance et Inégalités »

publié le Jeudi 08 Mars 2012 » Lire la suite

« Un point sur la réforme du système financier mondial »

publié le Vendredi 20 Janvier 2012 » Lire la suite

« Le déclin de l'Occident »

publié le Lundi 19 Décembre 2011 » Lire la suite

« L'urgence du long terme »

publié le Vendredi 02 Décembre 2011 » Lire la suite

« La quadrature du cercle »

publié le Vendredi 04 Novembre 2011 » Lire la suite

« "L'Allemagne paiera" »

publié le Vendredi 21 Octobre 2011 » Lire la suite

« Pourquoi la bourse s’est effondrée ? »

publié le Mercredi 05 Octobre 2011 » Lire la suite